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Violet - 4e dimanche de l’Avent 21 décembre 2014 - Saint Pierre Canisius
Publié le : 16 janvier 2007 Source : Matthieu Grimpret
 

 

La une (News)

La France n’est plus catholique : une bonne nouvelle ?

Réagissant au dernier sondage sur les catholiques français, l’essayiste et professeur d’histoire Matthieu Grimpret, auteur du récent Dieu est dans l’isoloir (Presses de la Renaissance) diagnostique un catholicisme francais devenu minoritaire comme une bonne nouvelle pour les croyants et la République.

Le sondage paru mardi 9 janvier dans Le Monde des religions est une bénédiction pour les catholiques.

Que révèle-t-il ? En 2006, 51 % des Français se déclarent catholiques, contre 67% au début des années 1990. Soit 30 % de moins en quinze ans. Et parmi eux, seuls 8 % vont à la messe le dimanche. Soit moins de 3 millions de Français.

À vrai dire, cette nouvelle n’en est pas une. Il y a bien longtemps que les observateurs honnêtes - il y en a, même dans l’Église - savent qu’on trouve plus de fidèles dans les mosquées le vendredi que dans les églises le dimanche. Et que la moyenne d’âge de ces deux populations diffère de façon notable.

D’ailleurs, à bien regarder les chiffres, on constate que le nombre de « pratiquants réguliers » (les vrais catholiques en somme, pour parler clairement) est à peu près stable : l’écrémage a commencé depuis longtemps, le noyau dur du catholicisme français est déjà en train d’affleurer.

Il correspond au coeur de la « communauté catholique » que le long pontificat de Jean-Paul II a remis debout, galvanisée par des appels répétés à construire la civilisation de la justice et de l’amour - en 1996 à Reims, puis à Paris l’année suivante, au cours de Journées mondiales de la jeunesse mémorables.

La France n’est donc plus catholique.

Bonne nouvelle !

Et que cette nouvelle nous arrive dans le temps de Noël - qui dure jusqu’au baptême du Christ, célébré dimanche prochain - lui donne encore plus de résonance : la marginalité, la paille, le froid, l’incompréhension, tout ce que Marie, Joseph et Jésus ont vécu il y a deux mille ans, les catholiques vont en faire l’expérience. Encore plus qu’aujourd’hui.

Bonne nouvelle pour les catholiques, d’abord.

Socrate, Thérèse d’Avila, le dalaï-lama, tous les sages l’ont dit : il faut se connaître pour grandir. Rien n’est pire que l’aveuglement. Il est donc salutaire de s’affronter à la réalité, aussi dure soit-elle. Depuis mardi, les catholiques se connaissent mieux. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, ils sont donc plus forts.

S’étant défaits de l’idée qu’ils ont, en vertu d’un passé plus ou moins mythifié, un droit sur la France, les catholiques n’en seront que plus libres.

À l’égard de qui ? De quoi ? Libres à l’égard des autorités étatiques, libres d’accomplir l’oeuvre que Dieu leur a confiée. Comme le dit le théologien américain William Cavanaugh, « l’Église doit se constituer elle-même comme un espace social alternatif, et non simplement se reposer sur l’État-nation pour assurer sa présence sociale. »

Les catholiques, pas plus que les musulmans, les juifs ou les protestants, ne sont là pour servir la soupe à l’État.

Ils doivent refuser, avec intransigeance, toute forme d’instrumentalisation : un prêtre, un rabbin ou un imam n’a pas vocation à promouvoir les « valeurs de la République », il n’est pas un agent public à ranger à côté du pompier, du psychologue scolaire et du cantonnier.

Bonne nouvelle pour la République, ensuite.

Providentiellement débarrassée de sa soeur ennemie, l’Église catholique, elle va enfin pouvoir se dépouiller du grotesque déguisement de dragon de la laïcité pour revêtir le sobre habit de gardienne de la liberté.

L’église, la mosquée, la synagogue, chacune à sa place, pourront enfin remplir leurs missions spirituelles respectives sans s’aliéner, dans la paix civile. Car s’agissant des relations entre État et religions, question de plus en plus décisive dans le débat politique, une rupture est également nécessaire.

Tribune parue dans Le Figaro

D’accord, pas d’accord ? réagissez sur le blog de Matthieu Grimpret


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