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 - 18 avril 2024 - Saint Parfait
Publié le : 11 avril 2006 Source : Zenit.org
 

 

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Dimanche des Rameaux : Homélie de Benoît XVI

ROME, Mardi 11 avril 2006 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous le texte intégral de l’homélie que le pape Benoît XVI a prononcée lors de la célébration du dimanche des Rameaux, place Saint-Pierre.

* * *

Chers frères et sœurs,

Depuis vingt ans, grâce au pape Jean-Paul II, le dimanche des Rameaux est devenu de façon particulière le jour de la jeunesse, le jour où les jeunes du monde entier vont à la rencontre du Christ, désirant l’accompagner dans leurs villes et leurs pays, afin qu’Il soit au milieu de nous et puisse établir sa paix dans le monde. Si nous voulons aller à la rencontre de Jésus et marcher avec Lui sur sa route, nous devons toutefois nous demander : sur quel chemin souhaite-t-il nous conduire ? Qu’attendons-nous de Lui ? Qu’attend-il de nous ?

Pour comprendre ce qui s’est passé au cours du dimanche des Rameaux et savoir ce que cela signifie, pour cette époque, mais aussi pour n’importe quelle époque, il existe un détail important, qui devint également pour ses disciples la clé pour comprendre l’événement lorsque, après Pâques, ils reconsidérèrent avec un regard nouveau ces journées tumultueuses. Jésus entre dans la Ville Sainte à dos d’âne, l’âne étant l’animal des gens simples et ordinaires de la campagne, et qui plus est, sur un âne qui ne lui appartient pas, mais qu’II a emprunté pour l’occasion. Il n’arrive pas sur un magnifique char royal, ni à cheval comme les grands de ce monde, mais sur un âne emprunté. Jean nous raconte que, dans un premier temps, les disciples n’ont pas compris cela. Après Pâques seulement, ils se rendirent compte qu’en agissant ainsi, il accomplissait ce que les prophètes avaient annoncé, que son action dérivait de la Parole de Dieu et qu’elle la conduisait à son accomplissement. Ils se rappelèrent, dit Jean, que dans le prophète Zacharie, on lit : « Sois sans crainte, fille de Sion : voici que ton roi vient, monté sur un petit d’ânesse » (Jn 12,15, cf. Za 9, 9). Pour comprendre la signification de la prophétie et, ainsi, de l’action même de Jésus, nous devons écouter le texte de Zacharie en entier. Il se poursuit ainsi : « Il retranchera d’Ephraïm la charrerie et de Jérusalem les chevaux ; l’arc de guerre sera retranché. Il annoncera la paix aux nations. Son empire ira de la mer à la mer et du Fleuve aux extrémités de la terre » (9, 10). A travers ces paroles, le prophète fait trois affirmations sur le roi à venir.

En premier lieu, il dit qu’il sera le roi des pauvres, un pauvre parmi les pauvres et pour les pauvres. La pauvreté doit être comprise dans ce cas dans le sens des anawim d’Israël, ces âmes croyantes et humbles que nous trouvons autour de Jésus — dans la perspective de la première Béatitude du Discours sur la Montagne. Une personne peut être matériellement pauvre, mais avoir le cœur rempli de convoitise de richesse matérielle et du pouvoir qui dérive de la richesse. Le fait précisément qu’elle vive dans l’envie et dans l’avidité prouve qu’au plus profond de son cœur, elle appartient au monde des riches. Elle souhaite renverser la répartition des biens, mais pour arriver à être elle-même dans la situation des riches d’avant. La pauvreté dans le sens où Jésus l’entend — et dans le sens des prophètes — suppose surtout la liberté intérieure par rapport à l’avidité de possession et la soif de pouvoir. Il s’agit d’une réalité plus grande qu’une simple répartition différente des biens, qui resterait toutefois dans le domaine matériel, en rendant même les cœurs plus durs. Il s’agit avant tout de la purification du cœur, grâce à laquelle on reconnaît la possession comme responsabilité, comme devoir envers les autres, en se plaçant sous le regard de Dieu et en se laissant guider par le Christ qui, étant riche, est devenu pauvre pour nous (cf. 2 Co 8, 9). La liberté intérieure est la condition nécessaire pour dépasser la corruption et l’avidité qui désormais dévastent le monde ; cette liberté ne peut être trouvée que si Dieu devient notre richesse ; elle ne peut être trouvée que dans la patience des sacrifices quotidiens, dans lesquels elle se développe comme une véritable liberté. Le dimanche des Rameaux, c’est Lui, le roi qui nous indique la voie vers cet objectif, Jésus, que nous acclamons ; nous Lui demandons de nous prendre avec lui sur son chemin.

En second lieu, le prophète nous montre que ce roi sera un roi de paix : il fera disparaître les chars de guerre et les chevaux de bataille, il rompra les arcs et annoncera la paix. Dans la figure de Jésus, cela se concrétise à travers le signe de la Croix. Celle-ci représente l’arc brisé et d’une certaine façon le nouveau, véritable arc-en-ciel de Dieu, qui unit le ciel et la terre et jette un pont sur les abîmes et entre les continents. La nouvelle arme que Jésus dépose entre nos mains est la Croix, signe de réconciliation, de pardon, signe de l’amour qui est plus fort que la mort. Chaque fois que nous faisons le signe de la Croix, nous devons nous rappeler de ne pas opposer à l’injustice une autre injustice, à la violence une autre violence ; nous rappeler que nous ne pouvons vaincre le mal que par le bien et jamais en répondant au mal par le mal.

La troisième affirmation du prophète est l’annonce anticipant l’universalité. Zacharie dit que le royaume du roi de la paix s’étend « d’une mer à l’autre... jusqu’aux extrémités de la terre ». L’antique promesse de la terre, fait à Abraham et aux Pères, est ici remplacée par une nouvelle vision : l’espace du roi messianique n’est plus un pays déterminé qui se séparerait ensuite des autres et qui prendrait donc également inévitablement position contre d’autres pays. Son pays est la terre, le monde entier. En franchissant chaque limite, dans la multiplicité des cultures, Il crée l’unité. En pénétrant du regard les nuées de l’histoire, qui séparaient le prophète de Jésus, nous voyons ici apparaître de loin dans la prophétie le réseau des communautés eucharistiques qui embrasse la terre, le monde entier — un réseau de communautés qui constituent le « Royaume de la paix » de Jésus s’étendant d’une mer à l’autre, jusqu’aux extrémités de la terre. Dans toutes les cultures et dans toutes les parties du monde, partout, dans les cabanes misérables et dans les campagnes pauvres, comme dans la splendeur des cathédrales, Il vient. Il est partout le même, l’Unique, et ainsi toutes les personnes rassemblées en prière, dans la communion avec Lui, sont également unies entre elles dans un unique corps. Le Christ domine en se faisant Lui-même notre pain et en se donnant à nous. C’est de cette façon qu’il construit son Royaume.

Cette relation devient tout à fait claire dans l’autre parole vétérotestamentaire qui caractérise et explique la liturgie du dimanche des Rameaux et son climat particulier. La foule acclame Jésus : « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur » (Mc 11,9 ; Ps 117 [118], 25sq). Ces paroles font partie du rite de la fête des tentes, au cours de laquelle les fidèles avancent autour de l’autel, en tenant entre les mains des rameaux composés de branches de palmes, de myrtes et de saules. A présent, les gens élèvent ce cri avec les rameaux dans les mains devant Jésus, en qui ils voient Celui qui vient au nom du Seigneur : cette expression « Celui qui vient au nom du Seigneur », était en effet devenue depuis longtemps la façon de désigner le Messie. En Jésus, ils reconnaissent Celui qui vient vraiment au nom du Seigneur et apporte la présence de Dieu parmi eux. Ce cri d’espérance d’Israël, cette acclamation faite à Jésus lors de son entrée à Jérusalem, est devenue à juste titre dans l’Eglise l’acclamation à Celui qui, dans l’Eucharistie, vient à notre rencontre de manière nouvelle. Nous saluons avec le cri « Hosanna » Celui qui, de chair et de sang, a apporté la gloire de Dieu sur la terre. Nous saluons Celui qui est venu et qui toutefois demeure toujours Celui qui doit venir. Nous saluons Celui qui, dans l’Eucharistie, vient toujours à nouveau à nous, au nom du Seigneur, réunissant ainsi dans la paix de Dieu les extrémités de la terre. Cette expérience de l’universalité fait partie, de manière essentielle, de l’Eucharistie. En raison de la venue du Seigneur, nous sortons de nos particularismes exclusifs et nous entrons dans la grande communauté de tous ceux qui célèbrent ce saint sacrement. Nous entrons dans son royaume de paix et nous saluons également en Lui, d’une certaine manière, tous nos frères et sœurs, vers lesquels Il vient, pour devenir véritablement un royaume de paix au milieu de ce monde déchiré.

Les trois caractéristiques annoncées par le prophète — pauvreté, paix, universalité — sont résumées dans le signe de la Croix. C’est pourquoi, à juste titre, la Croix est devenue le centre des Journées mondiales de la Jeunesse. Il y a eu un temps — qui n’est pas encore entièrement terminé — où l’on refusait le christianisme précisément à cause de la Croix. La Croix parle de sacrifice, disait-on, la Croix est le signe de la négation de la vie. Nous, en revanche, nous voulons la vie tout entière sans restrictions et sans renoncements. Nous voulons vivre, rien d’autre que vivre. Nous ne nous laissons pas limiter par des préceptes et des interdictions ; nous voulons la richesse et la plénitude — ainsi disait-on et dit-on encore. Tout cela nous apparaît convaincant et séduisant ; c’est le langage du serpent qui dit : « Ne vous laissez pas intimider ! Mangez tranquillement de tous les arbres du jardin ! ». Cependant, le dimanche des Rameaux nous dit que le véritable grand « oui » est précisément la Croix, que la Croix est précisément le véritable arbre de la vie. On ne trouve pas la vie en se l’appropriant, mais en la donnant. L’amour, c’est se donner soi-même, et c’est pourquoi le chemin de la vraie vie est symbolisé par la Croix. Aujourd’hui la Croix, qui a dernièrement été au centre de la Journée mondiale de la Jeunesse à Cologne, est remise à une délégation spéciale pour commencer son chemin vers Sydney, où en 2008, la jeunesse du monde entend se rassembler autour du Christ pour construire avec Lui le royaume de la paix. De Cologne à Sydney — un chemin à travers les continents et les cultures, un chemin à travers un monde déchiré et tourmenté par la violence ! Symboliquement, il est le chemin indiqué par le prophète, le chemin d’une mer à l’autre, du fleuve jusqu’aux extrémité de la terre. C’est le chemin de Celui qui, sous le signe de la Croix, nous donne la paix et nous fait devenir des porteurs de la réconciliation et de sa paix. Je remercie les jeunes qui porteront à présent sur les routes du monde, cette Croix, dans laquelle nous pouvons presque toucher le mystère de Jésus. Prions-le, afin qu’en même temps, Il nous touche et ouvre nos cœurs, afin qu’en suivant sa Croix, nous devenions des messagers de son amour et de sa paix. Amen.

© Copyright du texte original : Libreria Editrice Vaticana
Traduction réalisée par Zenit



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