13 février 2026 -
Béatrice d’Ornacieux
Publié le : 8 octobre 2010 Source : Zenit.org
Les newsDiscours de Nicolas Sarkozy à l’ambassade de France près le Saint-SiègeROME, Vendredi 8 octobre 2010 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le discours que le président français Nicolas Sarkozy a prononcé ce vendredi à la Villa Bonaparte, siège de l’ambassade de France près le Saint-Siège, où il a présidé un déjeuner, en présence du cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d’Etat. Monsieur le Cardinal Secrétaire d’État, Je suis très heureux de vous accueillir aujourd’hui à la résidence de France, à l’issue de ma visite au Saint Siège. Votre présence parmi nous Monsieur le Cardinal Secrétaire d’Etat, premier collaborateur du Souverain Pontife, nous honore et elle témoigne de ce lien si particulier qui a toujours uni le Siège apostolique à la France. Le France n’oublie pas qu’elle a avec l’Église 2000 ans d’histoire commune et qu’elle partage avec elle, aujourd’hui, un trésor inestimable de valeurs morales, de culture, de civilisation qui sont inscrites au cœur de son identité. L’Église avec les moyens spirituels qui lui sont propres, la République française avec les moyens politiques qui sont les siens, servent un grand nombre de causes communes. Que veulent-elles ? Alors pourquoi ne se parleraient-elles pas ? Elles n’ont pas les mêmes responsabilités mais elles ont la même exigence contre tout ce qui porte atteinte à la dignité de la personne humaine. Alors pourquoi ne réuniraient-elles pas leurs efforts ? Je crois à la distinction du spirituel et du temporel comme un principe de liberté. Alors pourquoi, chacune s’efforçant de comprendre l’autre et de la respecter, chacune restant à sa place et dans son rôle, mais conscientes qu’elles aient des idéaux communs, l’Église et la République française ne seraient-elles pas davantage aux côtés l’une de l’autre pour proposer à l’humanité un sort meilleur que celui qui lui semble promis aujourd’hui par l’accumulation de tant de déséquilibres et d’injustices ? Le moment est crucial. De crises économiques et financières en crises écologiques, de crises identitaires en crises sociales et politiques, nous courons au désastre si nous ne faisons rien. Soyons bien conscients qu’il ne s’agit pas seulement d’un problème d’économie ou de finance. Dans toutes ces crises, il y a une dimension intellectuelle et morale. La crise financière de 2008 doit nous ouvrir les yeux : un monde uniquement gouverné par la rente, la spéculation, l’appât du gain à court terme et, disons-le, par l’égoïsme et le cynisme, n’est pas viable. Les mesures que nous devons prendre, les changements que nous devons opérer dans nos comportements, dans nos choix, doivent être une réponse à cette crise si profonde des valeurs qui est la cause de tout. Réparer l’injustice faite au peuple palestinien qui a le droit d’avoir un État et garantir au peuple juif qu’il puisse vivre en sécurité dans ses frontières, c’est un impératif moral ! J’ai dit au Saint-Père combien son déplacement en Terre Sainte, en mai 2009, avait frappé les esprits et combien son appel à une solution juste et durable avait été écouté avec respect. Dimanche s’ouvrira le Synode des Evêques pour le Moyen-Orient. Il permettra de rappeler à l’ensemble de la communauté internationale une réalité trop souvent oubliée : la présence des chrétiens en Terre Sainte est non seulement cruciale pour l’avenir du christianisme mais aussi pour la Paix. Comment croire au dialogue si les chrétiens d’Orient, qui ont toujours été un pont entre les communautés, ne peuvent plus accomplir cette mission ? Comment ne pas voir que le respect de la diversité est la clé de l’avenir d’un Moyen-Orient où pendant tant de siècles toutes les religions et toutes les cultures ont vécu ensemble. Réformer la gouvernance mondiale, y faire participer tous les continents et pas seulement les plus riches, pour que des milliards d’hommes et de femmes ne se sentent plus exclus quand on discute des affaires du monde, c’est un impératif moral ! Réguler la finance pour éviter que la folie spéculative n’entraine une fois encore le monde au bord du gouffre, en finir avec les paradis fiscaux, taxer les transactions financières pour avoir les moyens d’arracher les pays les plus pauvres à la misère, c’est un impératif moral ! Stabiliser les marchés de matières premières pour que des millions d’hommes, de femmes et d’enfants dans le monde ne soient pas réduits périodiquement à la famine par des variations de prix aberrantes, c’est un impératif moral ! Conditionner la liberté du commerce à la réciprocité, au refus du dumping monétaire, au respect de normes fondamentales en matière de droit du travail, de la santé, de l’environnement, c’est un impératif moral ! Réguler internet pour en corriger les excès et les dérives qui naissent de l’absence totale de règles, c’est un impératif moral ! Lutter contre l’immigration illégale qui produit tant de détresse et de drames, qui prive les pays les plus pauvres de leurs forces vives, c’est un impératif moral ! Il n’y a pas d’économie sans règles. La loi de la jungle, la loi du plus fort, du plus malin, du plus cynique, c’est le contraire de la liberté, de l’égalité, de la fraternité, c’est le contraire de la civilisation. Voilà l’enjeu. C’est dans cet état d’esprit que la France présidera le G8 et le G20 à partir de la fin du mois de novembre. Elle y consacrera toute son énergie. Permettez-moi pour conclure de citer Péguy : L’espérance nous en sommes tous comptables. Si nous avons foi dans nos valeurs, dans nos idéaux, si nous avons profondément ancrés en nous la conviction d’œuvrer pour le bonheur des générations futures, alors rien ne nous arrêtera. Source : Présidence de la République Zenit.org, 2006. Tous droits réservés - Pour connaitre les modalités d´utilisation vous pouvez consulter : www.zenit.org ou contacter infosfrench@zenit.org - Pour recevoir les news de Zenit par mail vous pouvez cliquer ici |