13 février 2026 -
Béatrice d’Ornacieux
Publié le : 3 octobre 2010 Source : Zenit.org
Les newsEgypte : Interview du patriarche copte catholiqueROME, Dimanche 3 octobre 2010 (ZENIT.org) - Bien que l’Egypte soit un pays musulman, avec une petite minorité chrétienne, une coexistence harmonieuse est souvent la norme, selon le patriarche de l’Eglise copte-catholique dans le pays, et le travail des catholiques dans l’éducation est apprécié. Sa Béatitude Antonios Naguib est le chef de la principale communauté catholique en Egypte. Dans cette interview accordée à l’émission de télévision « Là où Dieu pleure », le patriarche Naguib souligne la coexistence pacifique en Egypte, tout en reconnaissant les défis particuliers auxquels sont confrontés les chrétiens. Q - Vous êtes né à Minièh, en Egypte en 1935. Vous venez d’une famille très religieuse ? S.B. Antonios Naguib - Oui, en effet. Nous vivions à Beni Suef, près de Minièh (en arabe Minyâ). Ma famille était très proche de l’Eglise, et j’ai été habitué dès l’enfance à assister à la messe et aux célébrations, avec mes parents et mes frères et soeurs. Quelles sont les valeurs les plus importantes que vos parents vous ont inculquées quand vous étiez petit ? Les valeurs d’honnêteté, de prière, de notre devoir envers Dieu, d’amour les uns envers les autres et d’ouverture au prochain. A l’époque, les relations entre voisins, entre chrétiens et musulmans, et chrétiens d’autres Eglises étaient très étroites. Vous avez été ordonné prêtre à l’âge de 25 ans, ce qui signifie que vous vous êtes entré très jeune au séminaire ? Ils n’ont pas cherché à vous convaincre ou à vous dissuader en aucune façon ? Mes parents m’ont toujours dit : si tu veux aller à l’université, nous paierons tes études, mais c’est à toi de voir. C’est à toi de décider, devant Dieu. En tant que patriarche de l’Eglise copte catholique, de nombreux catholiques en Egypte vous considèrent quasiment comme un pape. Cette comparaison est-elle valable ? Comment voyez-vous votre rôle en Egypte ? Le patriarche de l’Eglise copte catholique a trois fonctions. Tout d’abord, il est la tête de l’Eglise catholique copte et des sept diocèses, jouant aussi un rôle de coordination et d’animation au sein de l’Eglise. Il a également pour fonction de parler au nom de l’Eglise, avec les autres évêques, car l’Eglise orientale est une Eglise synodale, ce qui signifie que les Eglises travaillent ensemble avec le patriarche. En second lieu, le patriarche est l’évêque du patriarcat d’Alexandrie, divisé en trois diocèses : le Caire, le Delta du Nil et Alexandrie. En troisième lieu, il est le président de la hiérarchie catholique des patriarches et des évêques en Egypte. De nombreux catholiques coptes arborent un petit tatouage à l’intérieur du poignet droit. Quelle en est la signification ? Il s’agit d’un signe d’appartenance au christianisme. Le tatouage n’est pas réservé aux seuls coptes catholiques, mais à tous les chrétiens. Il est surtout utilisé par les orthodoxes, et aussi par de nombreux catholiques. Un signe pour dire que l’on est chrétien, une façon d’afficher son identité chrétienne et aussi de se reconnaître mutuellement. Vous en utilisez un ? L’Eglise copte-catholique constitue une communauté ultra minoritaire dans le pays. Comment se déroule la vie quotidienne des chrétiens coptes et catholiques en Egypte ? Même si la situation des chrétiens en Egypte n’est pas facile, la Constitution reconnaît la liberté religieuse. Mais l’Egypte est un Etat islamique et, si je ne me trompe, la charia est la source de toute législation ; ce qui signifie que, à maints égards, les chrétiens rencontrent de nombreux obstacles pour vivre leur foi. Dans ce contexte, à quel type de défis sont-ils particulièrement confrontés en Egypte ? Comme je l’ai dit, tout dépend du comportement personnel et de la mentalité de la personne. Quand je rencontre une personne ayant un esprit et un cœur ouverts aux autres, la relation est facile et bonne. Avec d’autres, qui ont une disposition d’esprit opposée, la relation peut être difficile. C’est parfois le cas avec le gouvernement à propos de questions administratives, mais souvent les problèmes sont résolus du fait de notre culture orientale, et pas seulement égyptienne. D’une façon générale, tout dépend des relations personnelles, et on trouvera toujours quelqu’un avec qui on entretient une amitié personnelle et qui peut aider à résoudre le problème. Néanmoins, il y a quelques obstacles. Par exemple, il est difficile, voire impossible, de construire de nouvelles églises ? Pouvez-vous nous parler un peu de cette loi ? Qu’en est-t-il de la vie politique ? Un chrétien ne peut être président. Le gouvernement ne compte que deux chrétiens. Les chrétiens ne peuvent pas être maires dans les villes et les villages. Comment peuvent-ils être représentés équitablement ? Je dirais que cela est dû à différents facteurs. Tout d’abord sur l’échiquier politique, lors des élections, compte tenu du fait que sur 10 Egyptiens, il y a un seul chrétien, pensez-vous que le chrétien aura une influence suffisante pour être élu député ? C’est la raison pour laquelle le président nomme toujours de quatre à sept chrétiens, pour leur permettre d’avoir une voix à l’Assemblée. Dans l’administration publique, le personnel n’est pas élu, il est nommé ; aussi des postes, bien que symboliques, sont attribués aux chrétiens. Dans les administrations locales, les chrétiens n’ont généralement pas accès aux fonctions de shérifs, chefs ou gouverneurs de villages ; les nominations se font habituellement par tradition. L’Eglise ne se bat pas pour avoir une plus grande représentation politique ? En Egypte, la mention de la religion est obligatoire sur la carte d’identité. Cette obligation est-elle également un instrument de discrimination, par exemple, si un chrétien à la recherche d’un emploi doit présenter sa carte d’identité ? La loi égyptienne autorise chaque individu à être jugé conformément aux lois qui le lient sur la base de sa propre affiliation religieuse. Ainsi, selon eux, la loi est juste : par exemple, le divorce n’est pas autorisé pour les catholiques, leur religion l’interdit. Les orthodoxes sont soumis à des règles spécifiques relatives au divorce, et donc le juge, qui souvent est un musulman, basera son jugement sur ces lois (lois de l’Eglise orthodoxe). Beaucoup, toutefois, pensent qu’il est préférable de fonder l’identité de quelqu’un sur la citoyenneté seulement et que tout ce qui concerne la famille et le mariage soit laissé aux différentes communautés religieuses. D’aucuns prétendent ou insinuent que certaines conversions de chrétiens à l’Islam sont fondées sur des motifs économiques ou d’intérêt. Nous en avons déjà parlé, les chrétiens rencontrent parfois des difficultés à trouver du travail parce qu’ils doivent spécifier leur religion sur leur carte d’identité. Compte tenu du taux élevé de chômage en Egypte qui oscille autour de 10%, est-ce avantageux pour un chrétien de se convertir à l’Islam uniquement pour bénéficier des opportunités d’emploi ? Le second motif est la faiblesse de la foi même, faute d’une bonne formation religieuse. Dans certaines régions, villages et dans certains quartiers de la ville, les soins pastoraux sont insuffisants. En l’absence de bases religieuses solides, l’attrait islamique et les médias laïcs exercent une forte influence et contribuent à la faiblesse de la foi. Un domaine dans lequel l’Eglise catholique se distingue particulièrement est celui de l’instruction scolaire. Comment voyez-vous l’importance de l’éducation pour l’avenir du christianisme en Egypte ? Ainsi l’éducation catholique, pourrait-on dire, constitue la clé de la modération du paysage politique à l’avenir ? Votre Béatitude, quel message souhaitez-vous transmettre à la communauté internationale ? Propos recueillis par Mark Riedemann, pour l’émission télévisée « La où Dieu pleure », conduite par la Catholic Radio and Television Network (CRTN), en collaboration avec l’association Aide à l’Eglise en Détresse (AED). Traduit de l’anglais par ZENIT (Elisabeth de Lavigne) --- --- --- Sur le Net : Pour plus d’information : www.WhereGodWeeps.org - Aide à l’Eglise en détresse France - Aide à l’Eglise en détresse Belgique - Aide à l’Eglise en détresse Canada - Aide à l’Eglise en détresse Suisse Zenit.org, 2006. Tous droits réservés - Pour connaitre les modalités d´utilisation vous pouvez consulter : www.zenit.org ou contacter infosfrench@zenit.org - Pour recevoir les news de Zenit par mail vous pouvez cliquer ici |