8 février 2026 -
Saint Jean de Matha
Publié le : 5 novembre 2008 Source : Zenit.org
Les newsDe l’intervention des psychologues auprès des formateurs et des séminaristes (II)
ROME, Mercredi 5 novembre 2008 (ZENIT.org) - A l’occasion de la publication des « Orientations pour l’utilisation des compétences psychologiques dans l’admission et la formation des candidats au sacerdoce » par la Congrégation romaine pour l’éducation catholique (cf. Zenit, 30 octobre 2008), Mgr Tony Anatrella psychanalyste et spécialiste en psychiatrie sociale, a bien voulu expliquer les bienfaits attendus de ce qu’il appelle un « recadrage de l’usage de la psychologie et de l’intervention des psychologues auprès des formateurs et des séminaristes ». Voici la seconde partie de cet entretien (cf. Zenit, 4 novembre 2008 pour le premier volet). Mgr Anatrella reçoit de nombreuses personnes en difficultés psychologiques et enseigne la psychologie à Paris. Il est Consulteur du Conseil Pontifical pour la Famille et du Conseil Pontifical pour la Pastorale de la Santé. Il vient de publier : « La tentation de Capoue - Anthropologie du Mariage et de la Filiation » - Editions Cujas (Paris). Parmi ses nombreuses activités, il intervient dans des séminaires en France et à l’étranger, auprès des formateurs et des séminaristes. Il a également une longue expérience de travail en institutions psychiatriques et dans le travail clinique de la psychothérapie. La revue « Seminarium » (a. XLV 2005, n. 3) de la Congrégation pour l’Education Catholique a publié un article de Mgr Anatrella sur le thème même de l’usage de la psychologie dans les séminaires : « Les sciences humaines comme aide au discernement de l’idonéité de la maturité des candidats au sacerdoce ». Zenit - L’Eglise catholique de rite latin a choisi de n’accepter au sacerdoce que des personnes ayant un charisme confirmé de célibat. Comment la psychologie trouve-t-elle sa place à côté de la vie spirituelle pour aider à la maturation de ce choix de vie ? Mgr Tony Anatrella - Paul VI l’a rappelé dans son encyclique sur « Le Célibat sacerdotal » (1967) et Jean-Paul II dans « Pastores da vobis » (1992) : l’Église, dès l’origine, a reconnu que la vocation au célibat consacré est intrinsèque à la vocation sacerdotale. Le sacerdoce ministériel est institué en participation au sacerdoce du Christ. Il s’agit non seulement de participer à la fonction sacerdotale du Christ, mais de lui être configuré en partageant avec Lui, l’état de vie qui fut le sien. Autrement dit, l’homme qui dit être appelé par Dieu pour le sacerdoce, sans admettre l’état de vie du Christ, montre qu’il n’est pas dans la logique de cette vocation. En revanche, celui qui se présente à l’Eglise dans le désir de donner sa vie à Dieu à travers le célibat sacerdotal peut être admis, même s’il dit que ce n’est pas facile d’intégrer son humanité dans celle du Christ. La formation au sacerdoce est une formation spirituelle à partir de laquelle chacun va être appelé à être configuré à l’image du Christ avant de l’être sacramentellement lors de l’ordination. Mais parvenir à ce point demande une profonde maturation spirituelle mais aussi intellectuelle, sociale, morale, affective et sexuelle. La vie psychique peut être en conflit avec la vie spirituelle. Si ce conflit persiste et que la formation grâce au cadre pédagogique qu’elle présente, ne permet pas sa résolution, alors le problème psychologique devra être évalué pour lui-même et traité sur son propre registre. A problème spirituel, solution spirituelle ; à problème psychologique, solution psychologique. Il serait dommageable de confondre les registres. Une meilleure connaissance de soi, de son histoire personnelle ou de son histoire subjective, de certains événements marquants, de son propre fonctionnement psychologique, voire de son système d’interprétation qui fausse le rapport à soi, aux autres et à la réalité, permet de clarifier sa personnalité et d’acquérir davantage de liberté intérieure en se libérant également de conflits infantiles. Ce travail psychologique qui facilite une meilleure compréhension de soi, favorise également sa capacité à prendre conscience de soi et ce qui vient de soi plutôt que d’être en permanence dans la revendication et d’attribuer toujours aux autres l’origine de ses maux. Des adultes reprochent souvent à l’éducation, à la société, à l’Eglise d’être la cause de leurs problèmes, alors qu’ils viennent d’eux et de la façon dont ils vivent leur vie affective et sexuelle. Ils risquent d’être dans la projection et l’interprétation. Si la parole de Dieu a le pouvoir de faire la vérité en nous, il faut parfois aussi, pour aller jusqu’au bout de cette vérité, utiliser une démarche et une investigation psychologique qui soit capable de dénouer des intrigues internes. Lorsque la vie psychique est libérée de certains conflits internes, c’est tout bénéfice pour la vie spirituelle. Zenit - Lors de la présentation des ces « Orientations » de la Congrégation romaine pour la formation dans les séminaires, on a beaucoup insisté sur la « liberté » du candidat et le secret : aucune autorité ne pourra obtenir des confidences du thérapeute sans l’accord de l’intéressé. Est-ce possible ? Mgr Tony Anatrella - L’Eglise est très sensible au respect de l’intégrité et de la liberté de la personne. Dans une société dite de la « transparence » où tout doit être révélé en confondant le public et le privé, l’intime et le social, l’information avec l’idéologique, il est important que ce principe soit rappelé. Deux cas de figures peuvent se présenter : - Le séminariste a besoin de faire une psychothérapie pour des problèmes qui ne mettent pas en cause ses aptitudes au sacerdoce, et dans ce cas tout se passera entre le praticien et lui-même sans que personne d’autre n’intervienne ; il ne sera communiqué aucune information ni au directeur spirituel, ni au supérieur du séminaire ; sauf bien sûr en cas de situation grave ou d’hospitalisation. - Le supérieur et son conseil souhaitent une expertise psychologique car le candidat pose divers problèmes et dans ce cas il lui sera proposé de participer à un examen psychologique (tests, examen clinique de la personnalité, entretien d’évaluation) et s’il accepte il sera orienté vers un spécialiste qui, toujours avec l’accord écrit du séminariste, remettra un compte-rendu aux responsables du séminaire. Le compte rendu pourra être oral ou écrit et sera communiqué au candidat lui-même. Zenit - Lorsque des blocages indiquent la nécessité d’un recours à une thérapie, cela signifie-t-il l’arrêt du cheminement vers le sacerdoce ? Mgr Tony Anatrella - Pas forcément. La psychothérapie peut très bien se faire pendant le temps de la formation, comme j’ai eu à suivre pendant plusieurs années des séminaristes ou des religieux qui poursuivaient leur formation et restaient adaptés aux exigences du séminaire, aux études, à la vie sociale et spirituelle, et apostolique, et progressaient notablement grâce au traitement. Habituellement le directeur spirituel et le supérieur sont évidemment informés de cette situation, mais la démarche demeure discrète afin que le jeune et les autres puissent conserver toute leur liberté de pensée et d’action. Il est important que le supérieur et le directeur spirituel n’interfèrent pas avec le traitement et se gardent d’intervenir surtout lorsque le sujet se plaint de ne pas avancer, une plainte qui fait souvent partie du parcours psychothérapique : ils doivent inciter le jeune à en parler avec le praticien. Soulignons aussi que le séminariste ne sera pas appelé aux Ordres sacrés tant que la psychothérapie ne sera pas achevée. En revanche, si l’on à affaire à une personnalité perverse, si les problèmes sont trop lourds pour être traités pendant la formation, s’ils représentent un handicap pour la vie intellectuelle et la vie communautaire, ou s’ils sont de l’ordre psychopathologique ou de la maladie mentale (schizophrénie, paranoïa, troubles bipolaires), il est préférable d’interrompre la formation et de les orienter autrement. Zenit - Les jeunes qui arrivent dans les séminaires sont-ils en bonne santé ? Mgr Tony Anatrella - Pour tous ceux que j’ai l’occasion de rencontrer, je les trouve en bonne santé psychologique. Ils sont ouverts, disponibles, généreux et ont un ardent désir de servir l’Église. Ils ont découvert et sont enracinés dans une relation vivante avec le Christ. Ils sont sensibles à la beauté et à la force de l’Evangile, et ils sont désireux de s’inspirer et d’enrichir la Tradition de l’Église. Ils sont en train de découvrir ce que les générations précédentes ne leur avaient pas appris tout en ayant en estime leurs aînés dans le sacerdoce. Ils sont souvent heureux de remarquer des prêtres qui, malgré les difficultés de la vie pastorale (l’indifférence religieuse, le cynisme de la société à leur égard, le peu de moyens dont ils disposent pour agir), tiennent malgré tout, grâce à Dieu, dans leur état de vie et se renouvellent dans leur fidélité. La plupart de ces jeunes sont dotés d’une belle humanité. Certes, ils ont les manques de leur génération liés aux problèmes du divorce, des familles monoparentales, à l’insuffisance de l’enseignement scolaire qui ne structure plus la pensée et la concentration, à l’emprise des médias sur les modèles sociaux du couple, de la famille et de la sexualité, mais ils ne sont pas dupes et savent discerner les enjeux et le terrain sur lequel ils auront à travailler pastoralement. Ils sont le printemps du sacerdoce de l’Eglise dans la continuité de l’action apostolique de leurs prédécesseurs. Ils ont le souci de découvrir l’histoire contemporaine de l’Eglise afin que son héritage ne soit pas dilapidé dans une sécularisation qui s’épuise en oubliant les ressources de la foi chrétienne. Ils ont vraiment le désir de découvrir, de vivre et d’annoncer avec vigueur et fermeté les richesses de la Parole de Dieu. Ces jeunes abordent souvent simplement les questions personnelles qu’ils se posent sans avoir à les masquer derrière des considérations idéologiques. Propos recueillis par Anita Sanchez Bourdin Zenit.org, 2006. Tous droits réservés - Pour connaitre les modalités d´utilisation vous pouvez consulter : www.zenit.org ou contacter infosfrench@zenit.org - Pour recevoir les news de Zenit par mail vous pouvez cliquer ici |