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 - 8 février 2026 - Saint Jean de Matha
Publié le : 4 novembre 2008 Source : Zenit.org
 

 

Les news

De l’intervention des psychologues auprès des formateurs et des séminaristes (I)

ROME, Mardi 4 novembre 2008 (ZENIT.org) - A l’occasion de la publication des « Orientations pour l’utilisation des compétences psychologiques dans l’admission et la formation des candidats au sacerdoce » par la Congrégation romaine pour l’éducation catholique (cf. Zenit, 30 octobre 2008), Mgr Tony Anatrella psychanalyste et spécialiste en psychiatrie sociale, a bien voulu expliquer les bienfaits attendus de ce qu’il appelle un « recadrage de l’usage de la psychologie et de l’intervention des psychologues auprès des formateurs et des séminaristes ».

Mgr Anatrella reçoit de nombreuses personnes en difficultés psychologiques et enseigne la psychologie à Paris. Il est consulteur du Conseil pontifical pour la famille et du Conseil pontifical pour la pastorale de la santé. Il vient de publier : « La tentation de Capoue - Anthropologie du mariage et de la filiation » - Editions Cujas (Paris).

Parmi ses nombreuses activités, il intervient dans des séminaires en France et à l’étranger, auprès des formateurs et des séminaristes. Il a également une longue expérience de travail en institutions psychiatriques et dans le travail clinique de la psychothérapie.

La revue « Seminarium » (a. XLV 2005, n. 3) de la Congrégation pour l’éducation catholique a publié un article de Mgr Anatrella sur le thème même de l’usage de la psychologie dans les séminaires : « Les sciences humaines comme aide au discernement de l’idonéité de la maturité des candidats au sacerdoce ».

Nous publions ci-dessous la première partie de cet entretien.

Zenit - Mgr Tony Anatrella, il semble que l’entrée officielle de la psychologie dans les séminaires n’ait pas été bien comprise : quel est le but du nouveau document du Vatican en la matière ? Peut-être n’est-ce d’ailleurs pas une « entrée officielle » ?

Mgr Tony Anatrella - Il ne s’agit pas d’une entrée mais d’un recadrage de l’usage de la psychologie et de l’intervention des psychologues auprès des formateurs et des séminaristes. L’usage de la science psychologique fait depuis longtemps partie de la formation ainsi que l’aide psychologique à apporter aux futurs candidats au sacerdoce. Déjà en 1957, en application de la constitution du pape Pie XII, Sedes sapentiae, la Congrégation des Religieux de l’époque demandait à ce que soient mis en place des examens qui évaluent les aptitudes psychologiques des candidats. De nombreux ordres religieux et des séminaires ont ainsi organisé ces démarches. Ce n’est donc pas nouveau. Dans cet état d’esprit, il était recommandé qu’en cas de difficultés psychologiques, voire de pathologies, un traitement et une psychothérapie soient proposées aux personnes concernées en formation. Néanmoins, si des sujets développaient des troubles structurels, où qu’un traitement long était envisagé sans pouvoir l’être dans le cadre des exigences de la formation, il leur était conseillé d’interrompre la formation et même de s’orienter vers un autre état de vie.

Divers praticiens interviennent donc dans le cadre de la formation. Il y a même des sessions d’études psychologiques qui sont organisées pour les formateurs. J’interviens dans de nombreux séminaires en France et à l’étranger aussi bien pour les formateurs que pour les séminaristes. Des sessions nationales sont organisées dans divers pays, notamment en France, et une session internationale d’un mois se tient depuis de nombreuses années à Milan et rassemble à chaque fois une centaine de formateurs venant du monde entier.

Mais devant la multiplicité de pratiques disparates, il devenait nécessaire de resituer les choses.

Dans certaines parties du monde on va parfois trop loin : les séminaristes sont soumis à des batteries de tests et à des entretiens psychologiques avec un volumineux dossier constitué sur eux qui ne sert pas à grand-chose. Dans des séminaires, des psychologues sont également à la disposition quotidienne des séminaristes, entraînant des confusions dans la formation des séminaristes. L’entretien psychologique ne peut pas se substituer à la direction spirituelle, à l’évaluation morale de ses comportements et encore moins au sacrement de la réconciliation (la confession des péchés).

Dans d’autres régions c’est le vide, la dimension psychologique est complètement ignorée. Il fallait donc rappeler le nécessité d’y avoir recours, les enjeux du discernement de la vocation, resituer les domaines de compétence et signifier l’aide que l’usage de la psychologique est susceptible d’apporter aux formateurs et aux séminaristes (formation intellectuelle, discernement des aptitudes de la personnalité, soins psychothérapiques).

Zenit - D’aucuns auront compris qu’il s’agit de faire passer des tests psychologiques à l’entrée au séminaire. Mgr Bruguès a témoigné qu’il avait dû rencontrer, à son entrée chez les Dominicains dans les années 60 non seulement un psychologue, mais un psychanalyste et un psychiatre... on découragerait plus d’une vocation, non ?

Mgr Tony Anatrella - Il n’a jamais été question de faire passer des tests psychologiques à l’entrée au séminaire. L’authenticité d’une vocation ne résulte pas de conclusions psychologiques. Il faut agir avec discernement dans une société qui code tout en termes psychologiques. La presse a mis dans ce texte ce qui ne s’y trouve pas. Quelle profession supporterait une telle investigation, même si aujourd’hui des tests professionnels, des examens psychologiques et des séances d’évaluation sont requis pour entrer dans des entreprises. Il y a là un excès de pouvoir et une emprise sur l’intimité psychique qui n’est pas acceptable. Les gens se laissent curieusement faire dans ce genre de manipulation mentale de la société. Il est vrai que dans les années 60, existait une sorte de fascination pour la psychologie et la psychanalyse avec le risque de réduire la vocation et la vie spirituelle à quelques déterminants psychiques. Les choses ne sont pas aussi simples et Mgr Bruguès a souligné, avec raison, le systématisme en la matière qui fausse un juste usage de la psychologie.

Actuellement, les personnalités juvéniles sont relativement morcelées, incertaines et parfois peu structurées. Dans le cadre de la formation, il faut leur laisser le temps de mûrir ou comme disent certains « de grandir ». Les délais de maturation sont plus longs et nous avons à évaluer les aspects perfectibles de leur personnalité plutôt que de les soumettre à des tests et à les enfermer dans des catégories psychologiques qui négligeraient les dynamismes qui vont se mettre en œuvre. L’éducation que bon nombre de jeunes n’ont pas reçue, doit se faire dans le cadre du séminaire. Nous devons bien connaître la psychologie des jeunes d’aujourd’hui, leurs manques, leurs faiblesses mais aussi leurs possibilités et leur dynamisme afin de mettre en œuvre une pédagogie adaptée à leur psychologie et aux exigences du sacerdoce.

Zenit - Il ne s’agit pas davantage de soumettre tous les séminaristes à un examen psychologique afin de savoir s’ils ont des tendances... pédophiles comme un certain journal télévisé l’a prétendu ? Ou homosexuelles, comme quelqu’un l’a demandé lors de la conférence de presse à Rome ?

Mgr Tony Anatrella - C’est l’obsession et l’aspect malsain et pervers des médias. Il est vrai qu’une agence de presse française a réduit, une fois de plus, l’enjeu de ce texte, et dans la foulée, le journal télévisé de 20h de TF1, le vendredi 31 octobre, a été ridicule en pratiquant la mauvaise foi intellectuelle et la désinformation. Il était scandaleux d’entendre le correspondant de TF1 à Rome affirmer que l’on allait dans les séminaires davantage faire la chasse aux homosexuels qu’aux pédophiles. C’est tout simplement idiot ! Nous avons à réagir face à cette désinformation insultante et méprisante à l’égard du travail réel de l’Église. Le document de la Congrégation pour l’Éducation Catholique n’aborde pas le sujet de cette façon. Il s’agit donc d’une interprétation fallacieuse et malveillante, pour ne pas dire mensongère. Des journalistes mélangent ainsi leurs affects et l’objet de l’information dont ils ont à rendre compte. Dans ce genre d’amalgame, il faudrait s’interroger afin de savoir ce que l’on transmet de la vérité des discours pour la santé intellectuelle et psychique des téléspectateurs. Sur bien d’autres sujets d’ailleurs...

Actuellement, il est rare, même si cela peut arriver, que l’on rencontre dans les séminaires des jeunes qui présentent des tendances pédérastiques, c’est-à-dire qui ont des attraits sexuels pour des mineurs, et des tendances homoérotiques, c’est-à-dire des sujets qui ne sont pas dans les conditions psychologiques de l’altérité sexuelle pour accéder au sacerdoce.

Répétons-le, un examen psychologique ne sera pas imposé à tous les séminaristes avant leur entrée au séminaire. Il sera seulement proposé en fonction des cas particuliers qui remettent en cause les aptitudes pour le diaconat et le sacerdoce dont quelques exemples, parmi d’autres, ont été donnés dans le document :

- Fortes dépendances affectives lorsque le sujet a du mal à s’assumer ; manque notable de liberté dans les relations lorsque le sujet est dépendant des autres, des opinions et des humeurs et qu’il se laisse influencer.

- Rigidité excessive de caractère lorsque le sujet est enfermé dans certaines idées ou certaines conduites qu’il ne sait pas interroger ou remettre en question.

- Manque de loyauté lorsque le sujet développe des attitudes fausses, qu’il dissimule, ment, triche ou vole.

- Identité sexuelle incertaine lorsque le sujet n’est pas assuré dans son identité masculine, qu’il reste flou et ambivalent.

- Hypothèse d’une tendance homosexuelle fortement enracinée lorsque le sujet développe des attraits pour des personnes du même sexe. Il ne s’agit pas de la confondre avec le besoin transitoire du choix d’objet homosexuel de l’adolescence, au sens psychanalytique du terme qui correspond au fait de s’identifier aux personnes de même sexe pour conforter son identité sexuelle sans avoir à érotiser la relation. Elle ne se confond pas non plus avec une expérience transitoire et non répétitive qui a pu se produire à l’adolescence. Dans ce cas ce problème d’immaturité, qui n’entraîne pas une orientation irréversible, doit être résolu avant l’entrée au séminaire ou, si le sujet en prend conscience dans le cadre de la formation, la question doit être réglée au moins trois ans avant l’ordination diaconale.

- Tendance dépressive lorsque le sujet est triste, désinvestit sa réalité, doute de lui, ne s’alimente plus.

- Diverses pathologies mentales, notamment celles qui se sont manifestées pendant l’adolescence et la période juvénile et qui donnent lieu à une rémission. Sous le concept de dépression on inclut souvent divers troubles qui peuvent être évolutifs et venir compliquer la personnalité et la relation sacerdotale une fois que le sujet est dégagé et n’est plus porté par la formation.

Selon les situations, le suivi d’une psychothérapie pourra être aussi conseillé comme cela se fait d’ailleurs depuis très longtemps.

Vous l’aurez compris, le document sur l’usage de la psychologie dans la formation des séminaristes de la Congrégation pour l’Éducation Catholique, ne fait qu’actualiser, préciser et ajuster des pratiques déjà en cours, tout en invitant ceux qui les ignorent à savoir y recourir afin d’être plus réalistes.

Zenit - C’est une caricature que vous me pardonnerez, mais n’est-ce pas faire entrer le loup dans la bergerie quand un certain nombre d’écoles de psychologie voient dans la religion, plus encore dans le choix du célibat consacré et de la chasteté, la source des plus grandes frustrations ?

Mgr Tony Anatrella - En élargissant la question je vous l’accorde, le célibat consacré est souvent mal compris et il est remis en question par d’autres personnes que les prêtres eux-mêmes. Les célibataires dérangent et encore davantage quand ce sont des hommes qui assument leur état pour l’amour de Dieu. Ils sont heureux de donner ainsi leur vie pour servir l’Église et sa mission auprès de ceux à qui ils sont envoyés. Si des cas particuliers se présentent de façon douloureuse, cela n’invalide pas pour autant la pertinence du sens de cet engagement voulu par l’Église. La société est ainsi faite actuellement qu’elle valorise davantage ceux qui transgressent leur engagement que ceux qui y sont fidèles. Il ne s’agit pas de juger des personnes en situations difficiles ou qui se sont impliquées dans des solidarités affectives complexes, mais de savoir les aborder avec miséricorde et de mettre en lumière les origines personnelles qui provoquent certains comportements.

Des courants psychologiques ou psychanalytiques ont une vision simpliste et caricaturale de la dimension religieuse de l’homme, et du sens de l’engagement du prêtre. Ils ne savent pas toujours prendre en compte toutes les réalités essentielles de la structure humaine. Si la pulsion sexuelle est relativement autonome dans la vie psychique, elle a néanmoins à être intégrée dans le fonctionnement de la personnalité et située dans un choix de vie épanouissant, et le célibat sacerdotal en est un. Bien entendu, il est utile et nécessaire, dans un souci de vérité et de réalisme, de connaître les motivations psychologiques qui fausseraient le sens de la vocation sacerdotale. La peur, l’inhibition ou le non désir des femmes ne sont pas les meilleures conditions pour être capable d’assumer le célibat sacerdotal et qu’il soit significatif s’il apparaît comme un refuge à la névrose. On ne s’engage pas dans le célibat sacerdotal par défaut.

En revanche, le séminariste qui se prépare à s’engager librement et volontairement dans le célibat sacerdotal, fera ce choix par amour pour Dieu à l’image du Christ. Il ne le vivra pas comme une privation et encore moins comme une frustration mais comme le don de sa personne à Dieu et à son Eglise, en l’assumant dans la paternité spirituelle qu’il aura à exercer. Ce sont ces motivations qui vont l’animer et montrent ainsi que, même si la sexualité reste toujours vivante dans toute la personnalité, l’expression génitale, selon l’état de vie dans lequel on se trouve, n’oblige pas. Encore faut-il savoir ce que l’on veut et dans quel sens sont vécus ses désirs. Des interrogations et des difficultés peuvent parfois se présenter, elles seront réfléchies et assumées à la lumière du don de sa vie au Christ. Dieu est l’objet d’amour du prêtre et en réponse à son amour il lui consacre son existence. Dans ces conditions, on comprendra que l’on fera appel à des psychologues qui connaissent toute cette dynamique psychique dans sa dimension proprement psychologique mais aussi spirituelle. La plupart du temps, ce sont des prêtres psychologues, diplômés de l’Université et expérimentés dans le travail clinique, qui interviennent dans les séminaires. A défaut, il est possible d’avoir recours à des laïcs qui ont également cette compétence tout en ayant intégré la dimension chrétienne de l’existence.

Zenit - L’Eglise catholique de rite latin a choisi de n’accepter au sacerdoce que des personnes ayant un charisme confirmé de célibat. Comment la psychologie trouve-t-elle sa place à côté de la vie spirituelle pour aider à la maturation de ce choix de vie ?

( à suivre)

Propos recueillis par Anita S. Bourdin



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