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 - 30 septembre 2020 - Saint Jérôme
Publié le : 24 août 2007 Source : Zenit.org
 

 

Les news

« Si Dieu donne son salut à tout homme, pourquoi évangéliser ? »

ROME, Vendredi 24 août 2007 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous un entretien avec Jean-Luc Moens, qui vient de publier les Actes d’un colloque qui s’est déroulé en février dernier à Rome sur le thème : « Si Dieu donne son salut à tout homme, pourquoi évangéliser ? Postmodernité et nouvelle évangélisation ».

Ce IIIe Colloque de Rome était organisé par la Communauté de l’Emmanuel, en collaboration avec l’Institut pontifical « Redemptor Hominis ». Parmi les intervenants figuraient entre autres : Mgr Stanislas Rylko, président du Conseil pontifical pour les Laïcs, Mgr Rino Fisichella, recteur de l’université du Latran, Mgr Dominique Rey, les professeurs Paul Clavier, Denis Biju Duval, Sergio Bellardinelli, Paolo Maino, Édouard-Marie Gallez, le révérend Nicky Gumbel, Don PiGi Perini des cellules paroissiales, le père Jean-Marie Petitclerc, et Dominique Vermersch, modérateur de la Communauté de l’Emmanuel.

ZENIT – Pourquoi organiser un tel colloque ?

J.-L. Moens – Avec le professeur Denis Biju Duval de l’Institut pontifical « Redemptor Hominis » nous avons voulu réfléchir sur les grands défis de l’évangélisation à l’occasion de l’anniversaire de la parution des grands documents du magistère dans ce domaine. Nous célébrions en effet en décembre 2005 les quarante ans de la constitution Ad gentes de Vatican II, les trente ans de l’exhortation apostolique Evangelii nuntiandi de Paul VI et les quinze ans de Redemptoris missio de Jean-Paul II. Ces documents sont restés d’une brûlante actualité. Ils n’ont pas pris une ride ! Il nous a semblé important de le manifester en organisant ce colloque.

ZENIT – Une large part du livre est consacrée à la compréhension de la postmodernité. En quoi cela est-il important ?

J.-L. Moens – Un grand éducateur a dit un jour : « si vous voulez enseigner les mathématiques à Pierre, il vous faut connaître Pierre ! » Tous les pédagogues savent combien cela est vrai. Il en est de même pour l’évangélisation. Si nous voulons annoncer le Christ au monde d’aujourd’hui, nous devons connaître ce monde. Or il est en perpétuelle évolution. Nous sommes en train de passer de la modernité à la postmodernité (certains parlent d’hypermodernité) qui se caractérise, entre autres, par un grand relativisme. Mais il ne faut pas que notre regard sur la société ne soit que négatif. Différents intervenants du colloque – Mgr Rino Fisichella, recteur de l’université du Latran, le père Jean-Marie Petitclerc, le professeur Sergio Bellardinelli et le professeur Paolo Maino – ont montré que, si nous savons écouter l’Esprit Saint, la modernité et la postmodernité ouvrent des portes inattendues pour l’évangélisation. Dans certains cas, ce sont des pierres d’attente, dans d’autres, des fissures par où peut passer la lumière de l’Evangile. Pour trouver ces fissures, il faut un travail de la raison et une recherche incessante de la vérité. Il faut aussi un travail de terrain, c’est-à-dire aller à la rencontre des hommes et des femmes d’aujourd’hui dans ce qui fait leur vie quotidienne et leurs préoccupations.

ZENIT – Le titre du livre qui vient de paraître est accrocheur : Si Dieu donne son salut à tout homme, pourquoi évangéliser ? Pour quelles raisons avez-vous choisi ce thème plutôt que d’autres pour traiter des défis de l’évangélisation aujourd’hui ?

J.-L. Moens – Il nous semble que c’est une des questions majeures qui se pose aujourd’hui, tant dans l’Eglise qu’en dehors. Nos contemporains ont intégré le fait que le Dieu de Jésus Christ est un Père plein d’amour, un Dieu de miséricorde. Ceci est certainement un point positif, mais, malheureusement, il semble bien que la compréhension de cette miséricorde soit souvent faussée. En effet, beaucoup pensent que Dieu, dans sa bonté, sauvera tous les hommes. Peu importe s’ils croient ou non en Jésus Christ, peu importe la vie qu’ils auront eue, etc. Selon eux, Dieu étant miséricorde, il trouvera bien une solution… On comprend que, dans ces conditions, l’évangélisation n’apparaisse plus comme une nécessité et que cela conduise à une démobilisation missionnaire.
À cela s’ajoute la plaie d’un relativisme de plus en plus répandu dans notre société postmoderne : toutes les vérités se valent, il n’y a plus de vérité… Beaucoup de catholiques se demandent pourquoi leur foi serait plus « vraie » que celle des croyants d’autres religions. Ils perçoivent comme intolérante, voire arrogante toute annonce du Christ, unique Sauveur.

ZENIT – C’est ici qu’une saine réflexion théologique est nécessaire…

J.-L. Moens – Exactement. Il est essentiel de savoir pourquoi Jésus nous demande d’être missionnaires. Son commandement est clair : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » (Mt 28,19). Saint François Xavier, patron des missions, parcourait le monde pour évangéliser et baptiser les païens. Il était convaincu que la foi et le baptême donnent accès au ciel. C’était pour cette raison qu’il se donnait corps et âme à la mission et qu’il est mort, épuisé par le labeur, aux portes de la Chine. De nos jours, nous savons que Dieu peut sauver des non-baptisés par d’autres moyens que lui seul connaît. C’est ce qu’a affirmé le concile Vatican II et qui a été repris par Jean-Paul II dans Redemptoris missio. La lecture de l’article du professeur Denis Biju Duval intitulée « Pourquoi évangéliser ? » apporte des réponses théologiques claires susceptibles d’éclairer notre pastorale missionnaire. Ceci est important. Nous voyons en effet aujourd’hui dans le monde que les Eglises chrétiennes qui présentent à leurs fidèles des raisons d’évangéliser sont aussi celles qui évangélisent le plus. Le cas des communautés évangéliques est exemplaire à cet égard. Elles connaissent un taux de croissance énorme parce qu’elles entraînent tous leurs adeptes dans un mouvement missionnaire lié à leur compréhension – certes incomplète – du salut apporté par Jésus Christ.

ZENIT – Votre colloque a rassemblé une majorité de laïcs. N’est-ce pas étonnant sur un tel sujet ?

J.-L. Moens – Je pense que non. En effet, les travaux du colloque ont permis de dégager l’existence d’un réel dialogue entre l’Eglise et la postmodernité. Ce dialogue se réalise sur le terrain, à travers des chrétiens qui, conduits par l’Esprit Saint, vivent les réalités de leur époque tout en désirant y annoncer le Christ. Ce sont donc les laïcs qui sont en première ligne de ce travail, tout simplement parce que, par leur état de vie, ils sont en prise directe avec le monde. Ce sont eux qui, souvent, ont contribué à l’élaboration de nouvelles méthodes missionnaires, plus adaptées à notre temps. Le retentissement profond que ces initiatives nouvelles ont trouvé dans le monde et dans l’Eglise est probablement dû à la perception plus ou moins claire et formalisée par leurs auteurs de nouvelles valeurs ou anti-valeurs, joies, souffrances et attentes qui sont en réalité caractéristiques de la postmodernité. Je pense que plus que jamais se vérifie cette parole prophétique de Jean-Paul II en novembre 2000 : « L’heure des laïcs a sonné ! »

ZENIT – La Communauté de l’Emmanuel a déjà organisé trois colloques. Avez-vous d’autres projets pour l’avenir ?

J.-L. Moens – Oui, nous sommes en train de préparer un quatrième colloque de Rome dont le thème sera « Paroisses et nouvelle évangélisation – L’apport des mouvements ecclésiaux et nouvelles communautés ». Comme le précédent, il sera organisé en collaboration avec l’Institut pontifical « Redemptor Hominis ». Il se tiendra à l’université pontificale du Latran à Rome les 30, 31 janvier, 1er février 2008.

Au cours de ce colloque, nous voulons continuer la réflexion sur l’évangélisation en étudiant l’importance des paroisses dans ce processus. L’évangélisation en paroisse comporte en effet beaucoup d’avantages. La paroisse représente la forme ordinaire selon laquelle l’Eglise comme telle se donne à rencontrer. Ainsi, comme le signalait au colloque de 2006 le révérend Nicky Gumbel, responsable de Alpha International, « you get what you see ». En d’autres termes, vous êtes invités à entrer dans la communauté qui vous a évangélisé, cette communauté, vous la connaissez, c’est « l’Eglise en ce lieu ». L’intégration des nouveaux fidèles se fait donc de la meilleure manière possible, en termes de proximité et d’ecclésialité. Cependant l’évangélisation en paroisse pose aussi beaucoup de questions. Nous réfléchirons, pendant ce colloque, à certaines d’entre elles : Quelle est la nature missionnaire de la paroisse ? Doit-elle se consacrer en priorité aux fidèles qui participent déjà à ses activités ? Ou, au contraire, doit-elle s’investir massivement pour toucher tous ceux qui n’y viennent pas encore ? Quelles sont les leçons de l’histoire en ce domaine ? Comment les paroisses ont-elles contribué dans le passé à l’annonce de la Bonne Nouvelle ? Quelles leçons pouvons-nous en tirer pour aujourd’hui ? Comment les paroisses peuvent-elles accueillir le dynamisme des mouvements ecclésiaux et des nouvelles communautés dans le respect de leurs charismes respectifs ? Que nous dit le droit canon sur les paroisses ? Est-elle l’unique passage obligé de la mission sur un territoire ? Quelles portes sont ouvertes pour une action transversale menée, par exemple, par des mouvements ecclésiaux et des nouvelles communautés ? Quelle peut-être la place de la pastorale sacramentelle dans la dynamique missionnaire paroissiale ? Comment profiter de cette opportunité pour toucher ceux qui sont sur le parvis de l’Eglise ? Quelle place les laïcs peuvent-ils occuper dans la pastorale missionnaire d’une paroisse ? Et, en conséquence, comment s’articule le lien entre prêtres et laïcs dans l’apostolat paroissial ? Quelle formation faut-il donner aux futurs prêtres pour les aider à devenir des curés missionnaires ? La situation de nos paroisses change. Comment passer, par exemple, de la paroisse de chrétienté à la paroisse missionnaire ? Vous voyez que les questions ne manquent pas !

Si Dieu donne son salut à tout homme, pourquoi évangéliser ?
Postmodernité et nouvelle évangélisation

Présenté par Jean-Luc Moens
Edition de l’Emmanuel
Prix : 17 €

Colloque Paroisses et nouvelle évangélisation – L’apport des mouvements ecclésiaux et nouvelles communautés
Organisé par la Communauté de l’Emmanuel,
en collaboration avec l’Institut Pontifical Redemptor Hominis
30, 31 janvier, 1er février 2008
Renseignement : colloques@emmanuel.info



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