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 - 25 novembre 2020 - Sainte Catherine d’Alexandrie
Publié le : 17 août 2007 Source : Zenit.org
 

 

Les news

Rencontre du pape avec des prêtres des diocèses de Trévise et Belluno (24 juillet) (II)

ROME, Vendredi 17 août 2007 (ZENIT.org) – Au cours de ses vacances dans les Dolomites, le pape Benoît XVI a rencontré, le 24 juillet dernier, un groupe de prêtres des diocèses de Belluno-Feltre et Trévise. Nous publions ci-dessous la deuxième partie du dialogue qui a eu lieu entre le pape et les prêtres (cf. www.vatican.va). La première partie a été publiée hier.

D. : Dom Alberto. Très Saint-Père, les jeunes sont notre avenir et notre espérance : mais parfois ils voient dans la vie non pas une opportunité mais une difficulté ; non pas un don pour soi et pour les autres, mais quelque chose qu’il faut consommer tout de suite ; non pas un projet à construire, mais une errance sans but. La mentalité d’aujourd’hui impose aux jeunes d’être toujours fidèles et parfaits, avec la conséquence que chaque petit échec et toute difficulté minime ne sont plus considérés comme un motif de croissance, mais comme une défaite. Tout cela les conduit souvent à des gestes irrémédiables comme le suicide, qui provoquent un déchirement dans le cœur de ceux qui les aiment et de toute la société. Que pouvez-vous nous dire à nous éducateurs qui, souvent, nous sentons les mains liées et sans réponses ? Merci.

R. : Il me semble que vous avez donné une description précise d’une vie dans laquelle Dieu n’apparaît pas. Dans un premier moment, il semble que nous n’ayons pas besoin de Dieu, que, sans Dieu nous serions plus libres, et le monde apparaîtrait plus vaste. Mais après un certain temps, chez nos nouvelles générations, on constate ce qu’il advient lorsque Dieu disparaît. Comme l’a dit Nietzsche : "La grande lumière s’est éteinte, le soleil s’est éteint". La vie est alors quelque chose d’occasionnel, elle devient une chose et je dois chercher à faire au mieux avec cette chose et utiliser la vie comme si elle était une chose en vue d’un bonheur immédiat, palpable et réalisable. Mais le grand problème est que si Dieu est absent et qu’il n’est pas le Créateur de ma vie aussi, en réalité, la vie est une simple partie de l’évolution, rien d’autre ; elle n’a pas de sens pour elle-même. Mais je dois au contraire tenter de mettre du sens dans cette partie d’être. Je vois actuellement en Allemagne, mais aussi aux Etats-Unis, un débat assez vif entre ce qu’on appelle le créationnisme et l’évolutionnisme, présentés comme s’ils étaient des alternatives qui s’excluent : celui qui croit dans le Créateur ne pourrait pas penser à l’évolution et celui qui en revanche affirme l’évolution devrait exclure Dieu. Cette opposition est une absurdité parce que, d’un côté, il existe de nombreuses preuves scientifiques en faveur d’une évolution qui apparaît comme une réalité que nous devons voir et qui enrichit notre connaissance de la vie et de l’être comme tel. Mais la doctrine de l’évolution ne répond pas à toutes les questions et surtout, elle ne répond pas à la grande question philosophique : d’où vient toute chose ? et comment le tout s’engage-t-il sur un chemin qui arrive finalement à l’homme ? Il me semble très important et c’est également cela que je voulais dire à Ratisbonne dans ma Conférence, que la raison s’ouvre davantage, qu’elle considère bien sûr ces éléments, mais qu’elle voit également qu’ils ne sont pas suffisants pour expliquer toute la réalité. Cela n’est pas suffisant, notre raison est plus ample et on peut voir également que notre raison n’est pas en fin de compte quelque chose d’irrationnel, un produit de l’irrationalité, mais que la raison précède toute chose, la raison créatrice, et que nous sommes réellement le reflet de la raison créatrice. Nous sommes pensés et voulus et, donc, il existe une idée qui me précède, un sens qui me précède et que je dois découvrir, suivre et qui donne en fin de compte un sens à ma vie. Cela me semble le premier point : découvrir que mon être est réellement raisonnable, qu’il est pensé, qu’il a un sens et que ma grande mission est de découvrir ce sens, le vivre et donner ainsi un nouvel élément à la grande harmonie cosmique pensée par le Créateur. S’il en est ainsi, alors même les éléments de difficulté deviennent des moments de maturité, d’avancée et de progrès de mon être, qui a un sens depuis sa conception jusqu’au dernier moment de ma vie. Nous pouvons connaître cette réalité à partir du sens qui nous précède tous, nous pouvons également redécouvrir le sens de la souffrance et de la douleur ; bien sûr, il y a une douleur que nous devons éviter et que nous devons éloigner du monde : de si nombreuses douleurs inutiles provoquées par les dictatures, par les systèmes erronés, par la haine et par la violence. Mais il y a aussi dans la douleur un sens profond et ce n’est que si nous pouvons donner un sens à la douleur et à la souffrance que peut mûrir notre vie. Je dirais surtout que l’amour n’est pas possible sans la douleur, parce que l’amour implique toujours un renoncement à moi-même, un abandon de moi, une acceptation de l’autre dans sa diversité ; l’amour implique un don de moi et, donc, de sortir de moi-même. Tout cela est douleur, souffrance, mais c’est précisément dans cette souffrance de me perdre pour l’autre, pour l’aimé et donc pour Dieu, que je grandis et que ma vie trouve l’amour et dans l’amour, son sens. Le caractère inséparable de l’amour et de la douleur, de l’amour et de Dieu sont également des éléments qui doivent entrer dans la conscience moderne pour nous aider à vivre. En ce sens, je dirais qu’il est important de faire découvrir Dieu aux jeunes, de leur faire découvrir l’amour véritable qui précisément dans la renonciation devient grand, et de leur faire ainsi découvrir aussi la bonté intérieure de la souffrance, qui me rend plus libre et plus grand. Naturellement, pour aider les jeunes à trouver ces éléments, il y a toujours besoin d’une compagnie et d’un cheminement, que ce soit la paroisse ou l’Action catholique ou un mouvement, ce n’est qu’en compagnie des autres que nous pouvons également découvrir chez les nouvelles générations cette grande dimension de notre être.

D. : Je m’appelle Dom Francesco. Très Saint-Père, j’ai été très frappé par une phrase que vous avez écrite dans votre livre "Jésus de Nazareth" : "Mais qu’est-ce que Jésus a vraiment apporté s’il n’a pas apporté la paix dans le monde, le bien-être pour tous, un monde meilleur ? Qu’a-t-il apporté ? La réponse est très simple : "Dieu. Il a apporté Dieu"". Ici finit la citation que je trouve d’une clarté et d’une vérité désarmantes. La question est la suivante : l’on parle de nouvelle évangélisation, de nouvelle annonce de l’Evangile - tel a été également le choix principal du Synode de notre diocèse de Belluno-Feltre - mais que faire pour que ce Dieu, unique richesse apportée par Jésus et qui souvent apparaît à beaucoup comme enveloppé dans la brume, puisse resplendir encore dans nos maisons et puisse être une eau qui étanche la soif également de ceux si nombreux qui semblent ne plus avoir soif ? Merci.

R. : Merci. Une question fondamentale. La question fondamentale de notre travail pastoral est comment apporter Dieu au monde, à nos contemporains. Evidemment, apporter Dieu revêt de multiples dimensions : déjà, dans l’annonce, dans la vie et dans la mort de Jésus, nous voyons comment cette Unicité se développe dans de nombreuses dimensions. Il me semble que nous devons toujours garder ensemble les deux choses : d’une part, l’annonce chrétienne, le christianisme n’est pas un ensemble très compliqué de nombreux dogmes, au point que personne ne pourrait tous les connaître ; il n’est pas une matière réservée aux savants, qui peuvent étudier ces choses-là, mais c’est quelque chose de simple : Dieu existe et Dieu est proche en Jésus Christ. Ainsi, pour résumer, Jésus Christ lui-même a dit que le Royaume de Dieu est arrivé. C’est ce que nous annonçons. Une chose simple, au fond. Toutes les dimensions qui apparaissent ensuite sont des dimensions de cette unique chose et tout le monde ne doit pas tout connaître, mais assurément les personnes doivent entrer dans l’intimité et dans l’essentiel, ainsi, les diverses dimensions s’ouvrent aussi avec une joie toujours plus grande. Mais à présent que faire concrètement ? Il me semble que, en parlant du travail pastoral aujourd’hui, nous en avons déjà touché les points essentiels. Mais pour poursuivre dans ce sens, apporter Dieu implique surtout - d’une part - l’amour et - de l’autre - l’espérance et la foi. Donc, la dimension de la vie vécue, le meilleur témoignage pour le Christ, la meilleure annonce est toujours la vie de vrais chrétiens. Si nous voyons comment des familles nourries par la foi vivent dans la joie, comment elles vivent également la souffrance dans une joie profonde et fondamentale, comment elles aident les autres, en aimant Dieu et leur prochain, il me semble que cela est aujourd’hui la plus belle annonce. Même pour moi, l’annonce la plus réconfortante est toujours de voir les familles catholiques ou les personnalités catholiques qui sont pénétrées par la foi : en eux resplendit réellement la présence de Dieu et arrive cette "eau vive" dont vous avez parlé. L’annonce fondamentale est précisément celle de la vie même des chrétiens. Naturellement, il y a ensuite l’annonce de la Parole. Nous devons tout faire pour que la Parole soit écoutée, soit connue. Aujourd’hui, il y a vraiment beaucoup d’écoles de la Parole et du dialogue avec Dieu dans la Sainte Ecriture, un dialogue qui devient nécessairement aussi prière, parce qu’une étude purement théorique de la Sainte Ecriture est une écoute seulement intellectuelle et elle ne serait pas une rencontre véritable et suffisante avec la Parole de Dieu. S’il est vrai que dans l’Ecriture et dans la Parole de Dieu, c’est le Seigneur Dieu Vivant qui parle avec nous, qui provoque la réponse et la prière, alors les écoles de l’Ecriture doivent être également des écoles de la prière, du dialogue avec Dieu, du rapprochement intime avec Dieu. Donc toute l’annonce. Et puis naturellement, les sacrements, dirais-je. Avec Dieu viennent toujours également tous les Saints. C’est important - c’est ce que nous dit l’Ecriture Sainte dès le début - Dieu ne vient jamais seul, mais il vient accompagné et entouré par les Anges et les Saints. Dans le grand vitrail de Saint-Pierre qui représente l’Esprit Saint, j’aime beaucoup le fait que Dieu est entouré par une foule d’anges et d’êtres vivants, qui sont l’expression et l’émanation - pour ainsi dire - de l’amour de Dieu. Avec Dieu, avec le Christ, avec l’homme qui est Dieu et avec Dieu qui est homme, arrive la Vierge. Cela est très important. Dieu, le Seigneur, a une Mère et dans la Mère, nous reconnaissons la bonté maternelle de Dieu. La Vierge, la Mère de Dieu, est l’auxiliaire des chrétiens, elle est notre consolation permanente, elle est notre grande aide. Je vois également cela dans le dialogue avec les Evêques du monde, de l’Afrique et dernièrement également de l’Amérique latine, que l’amour pour la Vierge est la grande force de la catholicité. Dans la Vierge, nous reconnaissons toute la tendresse de Dieu et, donc, cultiver et vivre ce joyeux amour de la Vierge, de Marie, est un très grand don de la catholicité. Et puis il y a les Saints, chaque lieu possède son Saint. Cela est bien, car ainsi nous voyons les multiples couleurs de l’unique lumière de Dieu et de son amour, qui se fait proche de nous. Découvrir les Saints dans leur beauté, dans leur approche de la Parole qui m’est adressée car, chez un Saint déterminé, je peux trouver traduite précisément pour moi la Parole inépuisable de Dieu. Viennent ensuite tous les aspects de la vie paroissiale, même les aspects humains. Nous ne devons pas toujours être dans les nuages, dans les très hauts nuages du Mystère, nous devons avoir également les pieds sur terre et vivre ensemble la joie d’être une grande famille : la petite grande famille de la paroisse ; la grande famille du diocèse, la grande famille de l’Eglise universelle. A Rome, je peux voir tout cela, je peux voir comment des personnes provenant de toutes les régions du monde et qui ne se connaissent pas, en réalité se connaissent, parce qu’elles font toutes partie de la famille de Dieu, elles sont proches parce qu’elles ont tout : l’amour du Seigneur, l’amour de la Vierge, l’amour des Saints, la succession apostolique et le Successeur de Pierre, les Evêques. Je dirais que cette joie de la catholicité, avec ses multiples couleurs, est aussi la joie de la beauté. Nous avons ici la beauté d’un bel orgue ; la beauté d’une très belle église, la beauté qui a grandi dans l’Eglise. Cela me semble un merveilleux témoignage de la présence et de la vérité de Dieu. La Vérité s’exprime dans la beauté et nous devons être reconnaissants pour cette beauté et tenter de faire tout le possible pour qu’elle demeure présente, qu’elle se développe et qu’elle croisse encore. Ainsi il me semble que Dieu arrive, de manière très concrète, au milieu de nous.

D. : Je m’appelle Dom Lorenzo, je suis curé. Très Saint-Père, les fidèles n’attendent des prêtres qu’une seule chose : qu’ils soient des spécialistes dans la promotion de la rencontre de l’homme avec Dieu. Ce ne sont pas mes paroles, mais celles de Votre Sainteté dans une intervention au clergé. Mon père spirituel au séminaire, au cours de ces séances très dures de direction spirituelle, me disait : "Mon petit Lorenzo, humainement, nous y sommes, mais..." et quand il disait "mais" il voulait dire que je préférais jouer au ballon que participer à l’adoration eucharistique. Et que cela n’était pas bon pour ma vocation, que ce n’était pas une bonne chose de critiquer les leçons de morale et de droit, parce que les professeurs en savaient davantage que moi. Et avec ce "mais" qui sait combien d’autres choses encore il voulait dire. A présent, je pense à lui qui est au ciel et je dis aussi pour lui quelques requiem. Malgré tout, voilà 34 ans que je suis prêtre et j’en suis même heureux : je n’ai pas fait de miracles, pas de désastres connus non plus, inconnus peut-être. "Humainement nous y sommes", pour moi c’est un grand compliment. Mais rapprocher l’homme de Dieu et Dieu de l’homme ne passe-t-il pas surtout à travers ce que nous appelons l’humanité à laquelle nous ne pouvons renoncer, nous aussi les prêtres ?

R. : Merci. Je dirais simplement oui à ce que vous avez dit à la fin. Le catholicisme, de manière un peu simpliste, a toujours été considéré comme la religion du grand et : non de grandes choses qui s’excluent, mais de la synthèse. Catholique veut précisément dire "synthèse". C’est pourquoi je serais contraire à une alternative : ou bien jouer au ballon ou bien étudier l’Ecriture Sainte ou le Droit canonique. Faisons les deux choses. Il est beau de faire du sport, je ne suis pas un grand sportif, mais j’aimais toutefois aller en montagne lorsque j’étais plus jeune encore, à présent je ne fais que des marches très faciles, mais je trouve toujours très beau de marcher ici sur cette belle terre que le Seigneur nous a donnée. Nous ne pouvons donc pas toujours vivre dans la haute méditation, peut-être un Saint sur la dernière marche de son chemin terrestre peut arriver à ce point, mais normalement nous vivons avec les pieds sur terre et les yeux tournés vers le ciel. Les deux choses nous sont données par le Seigneur et donc aimer les choses humaines, aimer les beautés de sa terre non seulement est très humain, mais aussi très chrétien et proprement catholique. Je dirais que - et il me semble l’avoir déjà évoqué tout à l’heure - cet aspect fait aussi partie d’une bonne pastorale réellement catholique : vivre dans l’et et ; vivre l’humanité et l’humanisme de l’homme, tous les dons que le Seigneur nous a offerts et que nous avons développés et, dans le même temps, ne pas oublier Dieu, parce qu’à la fin, la grande lumière vient de Dieu et seulement de Lui vient ensuite la lumière qui donne la joie à tous ces aspects des choses qui existent. Je voudrais donc simplement m’engager pour la grande synthèse catholique, pour ce "et et" ; être vraiment homme et chacun selon ses dons et son son charisme aimer la terre et les belles choses que le Seigneur nous a données, mais être aussi reconnaissants parce que sur la terre resplendit la lumière de Dieu, qui donne splendeur et beauté à tout le reste. Vivons en ce sens joyeusement la catholicité. Voilà quelle serait ma réponse.


D. : Je m’appelle dom Arnaldo. Très Saint-Père, des exigences pastorales et de ministère, en plus du nombre réduit de prêtres, sollicitent nos Evêques à revoir la distribution du clergé, en accumulant souvent des engagements et plusieurs paroisses pour la même personne. Cela touche la sensibilité de beaucoup de communautés de baptisés et notre disponibilité à nous, prêtres, à vivre ensemble - prêtres et laïcs - le ministère pastoral. Comment vivre ce changement d’organisation pastorale, en privilégiant la spiritualité du bon Pasteur ? Merci, Sainteté...

R. : Oui, nous revenons à cette question des priorités pastorales et comment être prêtre aujourd’hui. Il y a quelques temps, un Evêque français, qui était religieux et n’a donc jamais été prêtre, m’a dit : "Votre Sainteté, je voudrais que vous m’éclairiez sur ce qu’est un curé. Nous, en France, nous avons ces grandes unités pastorales avec 5-6-7 paroisses et le curé devient un coordinateur d’organismes, de travaux différents", mais il lui semblait que, étant tellement occupé par la coordination de ces diverses institutions dont il s’occupait, il n’avait plus la possibilité de la rencontre personnelle avec ses brebis et lui, qui était Evêque, et donc un grand curé, se demandait si ce système était juste ou si nous ne devrions pas retrouver une possibilité afin que le curé soit réellement curé et donc Pasteur de son troupeau. Naturellement, je ne pouvais pas immédiatement donner une recette pour résoudre cette situation de la France, mais le problème se pose en général que le curé, malgré de nouvelles situations et de nouvelles formes de responsabilité, ne doit pas perdre la proximité avec les personnes, être réellement en personne le Pasteur de ce troupeau qui lui est confié par le Seigneur. Les situations sont différentes : je pense aux Evêques dans leurs diocèses avec des situations très diverses ; ils doivent bien voir comment assurer que le curé demeure un Pasteur et ne devienne pas un bureaucrate sacré. Quoi qu’il en soit, il me semble qu’une première opportunité dans laquelle nous pouvons être présents auprès des personnes qui nous sont confiées est précisément la vie sacramentelle : dans l’Eucharistie, nous sommes ensemble et nous pouvons et nous devons nous rencontrer ; le Sacrement de la pénitence et de la réconciliation est une rencontre très personnelle ; tout comme le Baptême qui est une rencontre personnelle et pas seulement au moment d’administrer le Sacrement. Je dirais que ces Sacrements ont tous un contexte : baptiser veut dire d’abord catéchiser un peu cette jeune famille, parler avec elle afin que le Baptême soit aussi une rencontre personnelle et une occasion pour une catéchèse très concrète. Tout comme la préparation à la Première Communion, à la Confirmation et au Mariage sont toujours des occasions où réellement le curé, le prêtre, rencontre lui-même les personnes ; il est le prédicateur et l’administrateur des Sacrements dans un sens qui implique toujours la dimension humaine. Le Sacrement n’est jamais seulement un acte rituel, mais l’acte rituel et sacramentel est le condensé d’un contexte humain dans lequel vit le prêtre, le curé. Il me semble ensuite très important de trouver des systèmes adaptés de délégation. Il n’est pas juste que le curé doive faire seulement le coordinateur d’organismes ; il doit plutôt déléguer de diverses manières et assurément dans les synodes - et dans ce diocèse vous avez réuni le synode - l’on trouve la manière de pouvoir libérer suffisamment le curé, afin que d’un côté, il conserve la responsabilité de cette totalité de l’unité pastorale qui lui est confiée, mais qu’il ne se réduise pas en substance et surtout à un bureaucrate qui coordonne, mais qu’il soit celui qui tient dans la main les fils essentiels, et qu’il ait également des collaborateurs. Il me semble que cela est l’un des résultats importants et positifs du Concile : la coresponsabilité de toute la paroisse : ce n’est plus seulement le curé qui doit tout vérifier mais, puisque nous sommes tous la paroisse, nous devons tous collaborer et aider, afin que le curé ne demeure pas isolé au dessus comme un coordinateur, mais qu’il se trouve réellement en tant que Pasteur aidé dans ces travaux communs dans lesquels, ensemble, se réalise et vive la paroisse. Je dirais donc que - d’un côté - cette coordination est la responsabilité vitale de toute la paroisse et - de l’autre - la vie sacramentelle et l’annonce comme centre de la vie paroissiale pourraient permettre aujourd’hui aussi, dans des circonstances certainement plus difficiles, d’être un curé qui ne connaît peut-être pas chacun par son nom, comme le Seigneur nous dit du Bon Pasteur, mais qui connaît réellement ses brebis et qui est réellement le Pasteur qui les appelle et qui les guide.

D. : Il me revient de poser la dernière question et je serais très tenté d’en changer parce qu’il s’agit d’une question mineure et après neuf échanges où Votre Sainteté a su trouver le chemin pour nous parler de Dieu et nous conduire très haut, ce que je vais vous demander me semble presque banal et pauvre. Il s’agit d’une question qui touche ceux de ma génération ; pour nous qui nous sommes préparés pendant les années du Concile, puis sommes partis avec enthousiasme et peut-être aussi avec la prétention de changer le monde, nous avons aussi beaucoup travaillé et aujourd’hui, nous nous trouvons un peu en difficulté, parce que nous sommes fatigués, parce que beaucoup de rêves ne se sont pas réalisés et aussi parce que nous nous sentons un peu isolés. Les plus anciens nous disent : "Vous voyez que nous avions raison d’être plus prudents" et les jeunes quelquefois nous traitent de "nostalgiques du Concile". Notre question est la suivante : "Pouvons-nous encore apporter un don à notre Eglise, en particulier avec cet attachement aux personnes dont il nous semble qu’il nous a caractérisés ?". Aidez-nous à retrouver espérance et sérénité...

R. : Merci, c’est une question importante et que je connais très bien. Moi aussi j’ai vécu les temps du Concile, en ayant été dans la Basilique Saint-Pierre avec un grand enthousiasme et voyant comment s’ouvraient de nouvelles portes et que cela paraissait réellement être la nouvelle Pentecôte, où l’Eglise pouvait à nouveau convaincre l’humanité, après l’éloignement du monde de l’Eglise des XIX et XX siècles, il semblait que se rencontraient à nouveau l’Eglise et le monde et que renaissaient à nouveau un monde chrétien et une Eglise du monde et véritablement ouverte au monde. Nous avons tant espéré, mais les choses en réalité se sont révélées plus difficiles. Toutefois demeure le grand héritage du Concile, qui a ouvert une route nouvelle, qui est toujours une magna charta du chemin de l’Eglise tout à fait essentielle et fondamentale. Mais pourquoi les choses sont-elles allées ainsi ? Tout d’abord, je voudrais peut-être commencer avec une remarque historique. Les temps d’un post-Concile sont presque toujours très difficiles. Après le grand Concile de Nicée - qui est pour nous réellement le fondement de notre foi, en effet nous confessons la foi formulée à Nicée - n’a pas vu le jour une situation de réconciliation et d’unité comme l’avait espéré Constantin, promoteur de ce grand Concile, mais une situation réellement chaotique de conflits de tous contre tous. Saint Basile dans son livre sur l’Esprit Saint compare la situation de l’Eglise après le Concile de Nicée à une bataille navale de nuit où personne ne connaît plus l’autre, mais tous sont contre tous. C’était réellement une situation de chaos total : ainsi saint Basile décrit-il avec des couleurs fortes le drame de l’après-Concile, de l’après-Nicée. Puis cinquante ans après, lors du le Premier Concile de Constantinople, l’empereur invite saint Grégoire de Nazianze à participer à celui-ci et saint Grégoire de Nazianze répond : Non je ne viens pas, parce que je connais ces choses, je sais que de tous les Conciles naissent seulement confusion et conflits, et donc je ne viens pas. Et il n’y est pas allé. Ainsi, ce n’est pas maintenant rétrospectivement une surprise tellement grande comme elle l’était pour nous dans un premier temps d’assimiler le Concile, ce grand message. L’insérer dans la vie de l’Eglise, le recevoir pour qu’il devienne vie de l’Eglise, le mettre en œuvre dans les diverses réalités de l’Eglise, est une souffrance, et c’est seulement dans la souffrance que se réalise également la croissance. Croître signifie toujours aussi souffrir, parce que c’est sortir d’un état et passer dans un autre. Et dans le concret de l’après-Concile, nous devons constater qu’il y a deux grandes césures historiques. Dans l’après-Concile, la césure de 1968, le début ou l’explosion - dirais-je - de la grande crise culturelle de l’Occident. La génération de l’après-guerre s’était éteinte, une génération qui après toutes les destructions et en voyant l’horreur de la guerre, des combats et en constatant le drame de ces grandes idéologies qui avaient réellement conduit les personnes vers le gouffre de la guerre, nous avions redécouvert les racines chrétiennes de l’Europe et nous avions commencé à reconstruire l’Europe sur ces grandes inspirations. Mais avec la fin de cette génération, on constatait également tous les échecs, les lacunes de cette reconstruction, la grande misère dans le monde et ainsi commença, explosa la crise de la culture occidentale, je dirais une révolution culturelle qui veut changer radicalement. Elle dit : non n’avons pas créé en deux mille ans de christianisme un monde meilleur. Nous devons reprendre à zéro de manière absolument nouvelle ; le marxisme semble la recette scientifique pour créer finalement le nouveau monde. Et là, - disons - dans ce grave et grand conflit entre la nouvelle et saine modernité, voulue par le Concile, et la crise de la modernité, tout devient difficile comme après le Concile de Nicée. Une partie était de l’avis que cette révolution culturelle était ce qu’avait voulu le Concile, elle confondait cette nouvelle révolution culturelle marxiste avec la volonté du Concile ; elle disait : c’est cela le Concile. Dans leur lettre, les textes sont encore un peu désuets, mais derrière les paroles écrites, il y a cet esprit, telle est la volonté du Concile, nous devons faire ainsi. Et de l’autre côté, naturellement, la réaction : de cette manière, vous détruisez l’Eglise. La réaction - disons - absolue contre le Concile, l’anti-conciliarité et - disons - une timide, humble recherche d’appliquer le véritable esprit du Concile. Et comme le dit le proverbe "Si tombe un arbre, il fait beaucoup de bruit, si pousse une forêt l’on n’entend rien parce que se développe un processus sans bruit" et donc durant ces grands bruits du progressisme erroné, de l’anti-conciliarisme, le chemin de l’Eglise grandit très silencieusement, avec beaucoup de souffrance et aussi avec tant de pertes dans la construction d’un nouveau passage culturel.
Puis la seconde césure en 1989. L’effondrement des régimes communistes, mais la réponse ne fut pas le retour à la foi, comme on pouvait peut-être s’y attendre, ce ne fut pas la redécouverte du fait que l’Eglise avait justement apporté la réponse à travers le Concile authentique. La réponse fut en revanche le scepticisme total, ce qu’on appelle la post-modernité. Rien n’est vrai, chacun doit envisager sa manière de vivre ; c’est le temps où s’affirment un matérialisme, un scepticisme pseudo-rationaliste aveugle qui finit dans la drogue, qui finit dans tous ces problèmes que nous connaissons et ferme à nouveau les chemins de la foi, parce que cela est si simple, si évident. Non, il n’y rien de vrai. La vérité est intolérante, nous ne pouvons pas prendre ce chemin. Voilà, dans les contextes de ces deux chocs culturels, la première, la révolution culturelle de 1968, la seconde, la chute pourrions-nous dire du nihilisme après 1989, l’Eglise, avec humilité, au milieu des passions du monde et la gloire du Seigneur, suit sa route. Sur cette route, nous devons croître avec patience et nous devons à présent apprendre d’une nouvelle façon ce que veut dire renoncer au triomphalisme. Le Concile avait dit de renoncer au triomphalisme - et il avait pensé au baroque, à toutes ces grandes cultures de l’Eglise. L’on dit : commençons de manière moderne, nouvelle. Mais un autre triomphalisme avait grandi, celui de penser : nous, à présent, nous faisons les choses, nous avons trouvé la route et nous trouvons sur celle-ci un monde nouveau. Mais l’humilité de la Croix, du Crucifié, exclut justement aussi ce triomphalisme, nous devons renoncer au triomphalisme selon lequel naît à présent réellement la grande Eglise de l’avenir. L’Eglise du Christ est toujours humble et c’est précisément ainsi qu’elle est grande et joyeuse. Il me semble très important qu’à présent, nous puissions voir, les yeux grand ouverts, ce qu’il y a également eu de positif dans l’après-Concile : dans le renouveau de la liturgie, dans les synodes, les synodes romains, les synodes universels, les synodes diocésains, dans les structures paroissiales, dans la collaboration, dans la nouvelle responsabilité des laïcs, dans la grande coresponsabilité interculturelle et intercontinentale, dans une nouvelle expérience de la catholicité de l’Eglise, de l’unanimité qui croît dans l’humilité et toutefois qui est la véritable espérance du monde. Et ainsi, nous devons, me semble-t-il, redécouvrir le grand héritage du Concile qui n’est pas un esprit reconstruit derrière les textes, mais ce sont justement les grands textes conciliaires relus à présent avec les expériences que nous avons eues et qui ont porté du fruit dans de nombreux mouvements, de nombreuses nouvelles communautés religieuses. Au Brésil, je suis arrivé en sachant que se répandent les sectes et que l’Eglise catholique semble un peu sclérosée ; mais une fois là-bas, j’ai vu que presque chaque jour au Brésil naît une nouvelle communauté religieuse, naît un nouveau mouvement, et les sectes ne sont pas les seules à croître. L’Eglise croît avec de nouvelles réalités pleines de vitalité, pas de manière à remplir les statistiques - cela est une espérance fausse, la statistique n’est pas notre divinité - mais elles croissent dans les âmes et elles créent la joie de la foi, elles créent la présence de l’Evangile, elles créent de cette manière aussi le vrai développement du monde et de la société. Ainsi me semble-t-il que nous devons conjuguer la grande humilité du Crucifié, d’une Eglise qui est toujours humble et toujours entravée par les grands pouvoirs économiques, militaires, etc., mais nous devons apprendre ensemble également avec cette humilité le vrai triomphalisme de la catholicité qui croît dans tous les siècles. La présence du Crucifié ressuscité, qui a et porte encore ses blessures croît aujourd’hui encore ; il est blessé, mais c’est précisément ainsi qu’il renouvelle le monde, qu’il donne son souffle qui renouvelle aussi l’Eglise malgré toute notre pauvreté. Et je dirais que, dans cet ensemble d’humilité de la Croix et de joie du Seigneur ressuscité, qui dans le Concile nous a donné un grand indicateur sur la route à suivre, nous pouvons aller de l’avant avec joie et emplis d’espérance.

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