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Blanc - Férie 30 juillet 2014 - Saint Abdon et saint Sennen
Publié le : 8 juin 2011 Source : Diocèse de Belley Ars
 

 

Génétique

Que votre lumière brille aux yeux des hommes !

Nous reprenons un texte de Mgr Bagnard, évêque de Belley Ars, à propos de la révision des lois de bioéthique.

La révision des lois sur la bioéthique est en plein débat. Elle se déroule dans une surprenante discrétion, malgré les enjeux considérables qui lui sont liés.

Tout se passe comme si, pour accomplir un nouveau pas en avant, il fallait l’envelopper d’un silence protecteur pour mieux le faire aboutir. L’actualité foisonnante lui a volé la vedette, avec le procès de New York, la guerre en Lybie, l’éruption volcanique d’Islande ou la montée en puissance des candidatures aux prochaines élections présidentielles. Après avoir été voté en première lecture à l’Assemblée Nationale, puis "revisité" par le Sénat, le Projet vient d’être déposé sur le Bureau des Députés qui doivent l’examiner en seconde lecture.

Parmi les nombreux problèmes que soulève l’évolution des techniques médicales avec leur puissance d’intervention sur le sources de la vie, il en est un qui reste étrangement irrésolu : quelle est l’identité de l’embryon ? De la réponse que l’on donne à cette question centrale dépend toute la suite des choix et des décisions.

Si, en effet, l’embryon est le début de l’existence d’un être humain qui a déjà en lui-même tout sa carte génétique et donc son unicité inaliénable, il appartient alors forcément à la famille des humains ; on ne peut donc pas le traiter comme du vulgaire matériau. Si, au contraire, on le tient comme une simple "chose", un amas de cellules du genre ovni, alors on se donne toute autorité pour l’exploiter à la manière d’un banal minerai extrait d’une carrière. Parce qu’il n’est "rien" de précis, on peut le soumettre à tout ! L’éliminer comme un simple "déchet", après que l’on ait épuisé sur lui toutes les recherches qu’on avait programmées est le sort logique qu’on lui réserve. Ayons le courage de la vérité : on jette au rebut un être humain !

Répondre avec clarté à cette question met évidemment dans une position délicate. Car reconnaître que l’embryon est un être humain en ses commencements conduit à remettre en cause toute une législation, en vigueur depuis des décennies, en particulier celle concernant l’avortement. Car alors on est contraint d’admettre que l’avortement est un attentat porté contre un être humain, l’être le plus innocent de tous parce que le moins capable de se défendre. Le plus fort exécute le plus faible. La loi de la jungle remplace celle des droits de l’homme. Une civilisation s’enfonce silencieusement dans la barbarie.
Par contre, refuser à l’embryon le statut d’être humain c’est se placer dans une situation insoutenable, car il faut alors répondre à la question subsidiaire qui n’est pas la moindre : s’il n’y a pas trace d’humanité au point de départ, quand pourra-t-on la détecter par la suite ? La science, en effet, enregistre le parfait continuum vital propre au développement de tout vivant. A quelle phase de son développement pourra-t-on dire : avant, il n’y avait rien d’humain ; après, il y a de l’humain ! S’il n’y a rien d’humain au point de départ, il n’y aura rien d’humain au point d’arrivée !

Les promoteurs de la législation en vigueur invoquent le simplisme d’un tel raisonnement et font valoir la multiplicité des éléments à prendre en compte : situations humaines, avancées des sciences, évolution des mentalités, nécessités de la recherche, exigence de ne pas prendre de retard, etc. L’étalement d’une telle complexité fait naître le sentiment d’une disqualification à se prononcer clairement ! C’est comme si on vous transportait dans la région des étangs de la Dombes. à la période des plus épais brouillards ; on ne parvient plus à distinguer l’eau des étangs de la terre ferme. Tout est enfermé dans l’indistinction. La complaisance dans la complexité sert d’écran derrière lequel on s’abrite pour parvenir - sans le dire - au but qu’on s’est fixé ! Jean-Paul II, regardant son époque, écrivait : "la conscience morale semble s’obscurcir terriblement et avoir de plus en plus de difficulté à établir la distinction claire et nette entre le bien et le mal pour ce qui touche à la valeur fondamentale de la vie humaine."

C’est dans ce contexte de flou entretenu que s’instaure à nouveau le débat sur l’expérimentation sur les cellules embryonnaires. Le débat se ramène à une alternative :
- soit refuser le principe de l’expérimentation, mais en permettant toute sorte de dérogations, ce que l’on appelle des exceptions ;
- soit accepter le principe, mais en limitant son champ d’application. C’est vers la première solution que l’on s’oriente ; elle a "l’avantage" de sauvegarder officiellement le Principe, tout en reprenant, dans la pratique, ce qu’elle semble avoir accordé dans la théorie. On voit, par expérience, qu’à force de croître et de prospérer, les exceptions deviennent généralement la règle. On assiste à un jeu de cache-cache qui permet d’avancer dissimulé en endormant les consciences. A cet assoupissement savamment guidé, s’ajoutent évidemment les effets d’une guerre d’usure dont le principal moteur est le profit. Ce qui fait dire à l’archevêque de Paris : "Je m’adresse à des consciences humaines et non à des portefeuilles."

Rien d’étonnant, une fois engagé sur cette pente, de continuer à la dévaler. _ Ainsi, pourquoi ne pas faire adopter par les jeunes, les mêmes moyens que ceux mis en pratique chez les adultes. Une société qui a perdu le nord éthique entraîne fatalement dans son sillage toute sa jeunesse. Elle l’invite sans complexe à marcher, comme elle, sans boussole. C’est ainsi qu’après avoir enregistré une recrudescence des avortements chez les jeunes filles mineures, malgré le déploiement impressionnant des moyens mis en œuvre depuis des années : large diffusion d’informations, distribution intense de préservatifs - plus de 700.000 pour la seule Région de Poitou-Charente depuis 2004 - malgré tous ces moyens, les avortements chez les adolescentes ne cessent d’augmenter. L’émoi causé chez les Responsables politiques et civils par ce fléau ne les conduit pourtant pas à modifier les méthodes utilisées jusque là ; on les intensifie plutôt en en facilitant l’emploi.
C’est ainsi que les adolescents des deux sexes pourront entreprendre toutes sortes de démarches psychologiques ou thérapeutiques dans le plus grand secret : personne n’en saura rien pas même le médecin de famille, ni même les parents, les remboursements se faisant automatiquement, à l’abri des regards. L’anonymat des grandes villes s’infiltre jusqu’au coeur des familles.

Le regard, purement sociologique, porté sur ces situations appelle comme seule réponse la mise en œuvre de simples moyens administratifs et techniques. Rien n’est dit sur l’éducation à la maîtrise de soi, sur le respect de son corps et du corps de l’autre, sur le sens de la responsabilité personnelle, sur le sens des liens dans l’amour partagé, sur l’engagement et la prise en compte des actes que l’on pose, sur leur gravité avec les séquelles médicales et psychologiques qui découlent de l’élimination de l’enfant, l’avortement devenant quasi officiellement la plus sûre des méthodes contraceptives.

C’est ainsi que s’ouvre sous nos yeux une impressionnante déstructuration des relations entre filles et garçons, avec ses inévitables retentissements sur le milieu familial et social. En même temps, apparaît de plus en plus manifeste, l’emprise de l’Etat sur les corps et sur les consciences, les familles étant mises hors jeu, les éducateurs hors-circuit.
Ainsi assiste-t-on sans bruit, à une régression sans précédent d’une civilisation qui a mis plusieurs millénaires à se construire. Comment ne pas alerter les esprits sur la gravité de cette logique destructrice mise en marche déjà depuis plusieurs décennies, et qui va s’intensifiant !

Un penseur de talent, André Glucksmann, a publié, il y a déjà vingt ans, un essai d’une grande hauteur de vue. Réfléchissant sur les deux idéologies athées qui ont traversé le vingtième siècle, il suggérait l’ajout d’un "onzième commandement" au Décalogue biblique ; il en formulait ainsi le contenu : "Que rien de ce qui est inhumain ne te soit étranger." Il expliquait que ce onzième commandement n’exige pas d’abord de se jeter dans l’action, mais avant tout d’ouvrir les yeux sur le mal. Evoquant la grande figure de Soljenitsyne, il expliquait que c’est sa détermination à maintenir sous son regard le mystère du mal - le mal le plus inhumain des goulags - qui "rendit la dissidence inflexible et le mur de Berlin friable".
Et parlant d’Hitler, ce qu’il voulut avant tout supprimer, dit-il, ce sont "les yeux ouverts sur l’inhumain." Choisir de se rendre étranger à l’inhumain est la grande tentation d’aujourd’hui. On y parvient facilement en se voilant la face. Une admirable pensée de Pascal indique le mécanisme par lequel nous succombons : "Nous courons sans souci dans le précipice après que nous avons mis quelque chose devant nous pour nous empêcher de le voir." Si nous voulons éviter de sombrer, il nous faut suivre la règle des règles que Soljenitsyne s’était donné à luimême comme ligne de conduite absolue, et qui résume tous les préceptes de la dissidence :
"NE PAS MENTIR" !

† Père Guy-Marie Bagnard

Evêque de Belley-Ars

le 3 juin 2011


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